Le Sang des Elfes

Le fragile équilibre des terres d’Asha est menacé. Incarnerez-vous l'un des fiers Elfes Sylvains, un impitoyable Drow ou encore un énigmatique Elfe de la Lune ?
 
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 Au coeur des ténèbres (suite) [ Pv Rána E'Lira ]

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Elënna O'ronrà
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MessageSujet: Au coeur des ténèbres (suite) [ Pv Rána E'Lira ]    Jeu 28 Juil - 4:28

«Ça pour t’avoir guidé, elle t’a bien guidé jusqu’ici »

L’elfe de Lune ne releva pas le sarcasme, cela ne lui aurait servi à rien de se justifier. Ce que le Drow ne semblait pas comprendre, était la relation que son peuple entretenait avec la Déesse. Ils ne l’a considéraient comme une entité toute puissante qui gouvernait chacune de leurs vies à sa guise, mais plutôt comme une sage, qui les guidaient dans leurs choix.

« Allez, petite pie bruyante, le passage n’est plus très loin »

L’Elfe noir releva la guérisseuse. Cette dernière se sentait au bord de l’épuisement, mais elle avait trop d’orgueil et de dignité pour le laisser paraitre devant ses ravisseurs. La poigne de Rána fut moins ferme que quelques instants auparavant, ce qui surprit Elënna. Il n’était peut-être pas qu’une brute avide de violence après tout. Le souvenir du feu de camp de la veille, après le combat contre la Vouivre lui revient en mémoire. Le Drow avait semblé si intrigué par  
les étoiles…

Il semblait être deux personnes en une seule. L’une curieuse comme un enfant devant un monde inconnu et la deuxième, un implacable combattant, dirigeant ses hommes d’une main de fer. Une contradiction ambulante, en somme.

La jeune elfe se rendit compte qu’elle fixait Rána et ferma les yeux en détournant la tête, préférant se concentrer sur la tâche de placer un pied devant l’autre.

Le sentier se termina sur une faille taillée dans la pierre de la montagne, comme une large cicatrice fendant la pierre. La noirceur qui régnait à l’entrée provoqua un frisson le long de la colonne d’Elënna. Son instinct lui intimait de ne pas y pénétrer et pourtant, le Drow y forçait ses pas. Elle planta fermement ses talons dans le sol, ne voulant pas avancer plus loin, mais sa grande faiblesse physique ne lui permit pas de résister bien longtemps.

La pénombre se fit plus intense une fois à l’intérieur et leurs pas étaient renvoyés en écho.
L’elfe de lune tourna la tête, pour voir les derniers rayons de lune disparaitre à l’angle du couloir. Elle sentit que Rána tentait de la guider dans le noir, mais son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine et ses mains étaient moites. Elle sentit une bouffée de panique lui montée au joue. Elle ne s’était jamais retrouvée sous terre, sans aucune lumière pour l’a guidé. Elle avait toujours vécu dans les vastes espaces enneigés du Nord ou sous le couvert de la forêt de pin où sa race avait trouvé refuge.    

« Pourquoi ? Pourquoi avoir guéri la blessure de celui qui t’a capturé ? S’il était mort de ses blessures, tu aurais eu ta vengeance. »

La voix du Drow sortit Elënna de ses pensées morbides où le plafond lui tombait sur la tête, l’emprisonnant vivante…

Elle se tourna en ce qu’elle croyait être la direction où se trouvait l’Elfe, ne voyant pas son visage dans cette noirceur. En fait, elle pensa qu’elle n’arriverait même pas à voir sa propre main, même si elle la plaçait directement devant ses yeux ouverts.

Elle ne savait pas quoi lui répondre. Elle avait agit avec l’instinct des guérisseurs, ne posant pas de questions, mais en y repensant bien il était vrai que ses actes ne faisait aucun sens. Du moins, ils ne devaient pas en faire pour personne d’autre qu’elle-même.

Les elfes argentés étaient réputés pour avoir leurs logiques propres à eux et parfois, même aux yeux de leurs semblables, il ne semblait pas y avoir de sens. Mais personne ne questionnait les agissements des autres, sachant qu’il y avait toujours une raison derrière chacun de leurs actes.

La voix de Rána se fit plus basse et la guérisseuse dût tendre l’oreille pour percevoir son murmure.

« Tu aurais pu me laisser aux prises avec la vouivre, dans les marais. Pourquoi m’avoir libérer des eaux ? Mon peuple a massacré le tien. Tu n’as pas envie de te venger ? »

Elënna sentit le regard du Drow sur son visage. Elle avait toujours eu une forte intuition en la matière, sachant toujours lorsqu’on l’observait, même quand l’observateur n’était pas visible.

Elle fronça les sourcils et se mordit la lèvre inférieure, clairement perdue dans ses pensées, cherchant comment elle pourrait formuler le fondement de sa logique.

Elle murmura en retour, répondant à la question de l’elfe noir:

«Non. Je n’ai jamais entrevu un but à la vengeance, si ce n’est que d’entrainer plus de malheur. En fait, je n’y vois pas l’utilité. Ton peuple a en effet causé la perte du mien, mais toi, tu ne m’avais rien fait. Blâmer quelqu’un pour les gestes d’ancêtres posés il y a une centaine d’années serait puéril.»

Elle s’arrêta quelques secondes, ayant entendu bruit qui se révéla n’être que le battement des ailes d’une chauve-souris. L’elfe de Lune se rendit compte qu’elle avait retenu sa respiration et lâcha un faible soupir, décrispant ses épaules et son visage. Sa nervosité pouvait certainement se lire sur son visage angélique, mais elle n’arrivait pas à se concentrer suffisamment pour la contenir.

« Pour ce qui est de guérir ton compagnon… Si je n’avais pas prêté serment devant Ithil en devenant guérisseuse, je l’aurai probablement laissé mourir, mais on ne peut pas revenir sur une parole donnée, alors… Et puis, je te l’ai déjà dit, on m’a appris qu’avoir quelqu’un ayant une dette envers soi était toujours utile.»

Un sourire rusé flotta sur ses lèvres. Cette même ruse lui avait permis de mettre plusieurs enfants au pas pendant son enseignement.

Elle marmonna plus pour elle-même, même si elle savait que Rána devait l’entendre :

«Puis, je crois… Que le mal du Nord tente de nous monter les uns contre les uns pour mieux nous détruire. Il veut que nous nous entretuons pour que nous ne puissions voir qui est le véritable ennemi et qu’il ne reste plus personne pour l’arrêter…»

Elle soupira :

«Grand-père me tuerait pour avoir pensée une telle chose…»

Elle se reprit et termina :

«Je n’ai jamais eu à expliquer le pourquoi de mes actes avant aujourd’hui, alors il est fort probable que tu ne puisses saisir le fondement de ma pensée. Chez les Elfes de Lune, il serait même impensable de demander à quelqu’un de s’expliquer, chacun étant libre d’agir comme il lui plait…»

Mais toujours en respectant les enseignements des Anciens et en acceptant leurs conseils.
C’était étonnant de penser qu’une telle société n’avait pas encore sombré dans l’anarchie. Mais les elfes d’Ithil aimaient leur liberté et ils ne s’en passeraient pour rien au monde.  

Des halos bleutés et violacés illuminaient maintenant la paroi rocheuse un peu plus loin. Leurs lumières étaient certes faibles, mais elles agressèrent les pupilles d’Elënna qui ne s’y attendait pas. Elle plissa les paupières, des larmes de douleur perlant aux coins de ses yeux.

Elle s’arrêta, après avoir trébuché sur quelque chose. Des cris assourdissants, après le quasi silence du tunnel, s’élevèrent soudainement. Elënna perçut le battement de très nombreuses ailes avant de sentir les chauves-souris passées au-dessus d’elle. Certaines lui frôlèrent la tête et l’elfe se protégea en soulevant les bras.

Étrangement, les mammifères volants se dirigeaient vers la sortie du passage, alors que le jour allait bientôt se lever. Cela aurait dû être l’inverse plutôt…

Il semblait bien que quelque chose les avaient dérangés, les forçant à fuir leurs nids.

Une voix s’éleva devant eux, et une silhouette venant en sens inverse se découpa dans les halos des globes lumineux. Elënna reconnu la voix comme étant celle de Daelein qui avait été envoyé en éclaireur un peu plus tôt.

«Des Gobelins! Ces sales cafards ont creusés des tunnels jusqu’aux cavernes à chauve-souris!»

Cela expliqué la soudaine volée qui s’enfuyait en sens inverse…

Une dizaine de petite silhouette apparue derrière l’éclaireur qui rejoignait le groupe d’elfe. L’elfe de Lune n’arrivait pas à distinctement les percevoir, mais l’odeur, mêlée à celle du guano, lui permettait de s’en faire une bonne image. Elle était si putride qu’elle souleva un haut-le-cœur chez la jeune femme et elle dût se faire violence pour ne pas vomir.

Les gobelins s’arrêtèrent à une distance respectable des Drows, semblant évaluer la soudaine menace, n’ayant probablement pas prévu que celui qu’ils poursuivaient rejoigne ses semblables. Ils échangèrent quelques mots dans une langue encore plus étrange et sifflante que celle des Drows, semblant se mettre d’accord sur quelque chose. L’un d’eux, probablement plus téméraire que les autres, s’avança de quelques pas et s’exclama, avec un drôle d’accent :

«Vous donnez femelle-étoile en argent. Argent grande valeur pour Chef. Beau cadeau pour Chef. Donnez femelle-étoile et nous pas mal à vous.»

Le regard de d’Elënna glissa vers l’étoile d’argent tatoué sur sa poitrine et elle comprit qu’il s’agissait d’elle que les Gobelin surnommait «femelle-étoile».

Un rire presque animal s’éleva parmi les gobelins et celui qui parlait au nom des autres émis aussi un rictus, comme s’il s’avait pertinemment qu’il ne tiendrait pas sa «promesse».
Il se releva pour tenter de se donner un air et demanda :

«Alors quoi vous dire à nous?»

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Rána E'Lira
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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres (suite) [ Pv Rána E'Lira ]    Sam 6 Aoû - 21:11

Depuis qu’ils se trouvaient dans l’ombre, il l’avait senti se crisper. Le contact de sa main sur son bras devait être le seul repère pour l’Elfe de la lune, plongée brusquement dans la nuit la plus noire qui soit. Là, aucune lune ne pourrait la guider. Ithil l’avait abandonné.

Au début, Rána avait éprouvé une certaine satisfaction à voir son visage se modifier alors qu’ils progressaient dans les cavernes. Mais ce sentiment n’avait guère duré. Il s’était délecté un bref instant de l’idée qu’elle connaîtrait elle aussi le sort auquel on avait condamné les Drows. Au final, il se rendit compte que lui aussi retournait vers l’ombre. Il regretta les étoiles scintillant dans la nuit, tel de petits diamants sur un manteau noir.

Pour oublier l’appel de la surface, il s’était alors mis à parler à la Darthiir. Elle finit par répondre à ses questions, leur faisant un instant oublier qu’elle venait d’être enlevée par le Drow.

«Non. Je n’ai jamais entrevu un but à la vengeance, si ce n’est que d’entrainer plus de malheur. En fait, je n’y vois pas l’utilité. Ton peuple a en effet causé la perte du mien, mais toi, tu ne m’avais rien fait. Blâmer quelqu’un pour les gestes d’ancêtres posés il y a une centaine d’années serait puéril.»

Et pourtant, bien des guerres débutaient sur les cendres de la rancœur. Les peuples trouvaient toujours de quoi attiser la flamme mourante du passé.

Le Drow dévisagea l’Elfe de la Lune. Il avait du mal à suivre son raisonnement, aussi ne répondit-il rien. La vengeance faisait partie intégrante de sa vie. On prenait un coup, on le rendait. C’était ça ou mourir. Ce que lui disait la magicienne lui paraissait tout bonnement invraisemblable.

« Pour ce qui est de guérir ton compagnon… Si je n’avais pas prêté serment devant Ithil en devenant guérisseuse, je l’aurai probablement laissé mourir, mais on ne peut pas revenir sur une parole donnée, alors… Et puis, je te l’ai déjà dit, on m’a appris qu’avoir quelqu’un ayant une dette envers soi était toujours utile.»

Oui, encore fallait-il que la personne ait assez d’honneur pour respecter sa parole.

« Le monde des Drows n’est pas ainsi fait », marmonna t-il, alors qu’il voyait l’Elfe sourire.

La plupart des darthiir qu’il avait emmené dans les profondeurs de la montagne pleuraient, suppliaient ou se taisaient. Jamais il n’en avait vu un sourire. Pendant quelques instants, Rána crut voir la lumière d’Ithil briller à travers la guérisseuse.
Puis, il secoua la tête. Non, elle était certainement folle. Après tout, on disait souvent que les Elfes de la Lune étaient assez étranges. « Ils n’ont pas toute leur tête, oui ! », songea t-il.

«Puis, je crois… Que le mal du Nord tente de nous monter les uns contre les uns pour mieux nous détruire. Il veut que nous nous entretuons pour que nous ne puissions voir qui est le véritable ennemi et qu’il ne reste plus personne pour l’arrêter…»

Cette fois-ci, Rána haussa les sourcils et il manqua de s’arrêter. Le mal du Nord… Il avait voulu se rendre dans les Marais et plus loin encore pour trouver des réponses. Ainsi, d’autres Elfes songeaient que la menace se trouvait là-bas…

Non, il ne devait pas ressentir de l’espoir ! C’était le premier pas vers la désillusion !

«Grand-père me tuerait pour avoir pensé une telle chose…»

Rána songea que ce n’était pas son soucis le plus important actuellement…

«Je n’ai jamais eu à expliquer le pourquoi de mes actes avant aujourd’hui, alors il est fort probable que tu ne puisses saisir le fondement de ma pensée. Chez les Elfes de Lune, il serait même impensable de demander à quelqu’un de s’expliquer, chacun étant libre d’agir comme il lui plait…»

Elle parlait beaucoup… Rána n’était pas habitué. En plus, elle prétendait savoir comment il pensait.

« Peu importe comment vous pensez. Désormais, tu vas devoir apprendre comment pensent les Drows », répliqua t-il.

Sa remarque pouvait paraître brusque, mais il n’y avait mis aucune méchanceté pour une fois. C’était un conseil de survie plus qu’autre chose.

Les pas qui suivirent se firent en silence. Rána se demandait comment les futurs maîtres de cette Elfe pourraient mater un esprit aussi libre que le sien. Elënna lui semblait comme l’eau. Insaisissable. C’est l’image qui s’était forgée peu à peu dans l’esprit de l’Elfe Noir.

Bah ! Ce n’était pas son problème, après tout ! Que les marchands d’esclaves se débrouillent ! Lui, tout ce qui l’intéressait c’est combien il toucherait pour la vente de son butin !

Comme ils arrivaient dans une zone éclairée par les cristaux, Rána lâcha Elënna. Il continua cependant à marcher à côté, au cas où. Au moindre geste suspect, il l’assommait.

Il la vit manquer de trébucher et il retint une remarque moqueuse, arrêté par un mouvement brusque venu du tunnel. Une nuée de chauves-souris passa soudainement au-dessus d’eux, leurs cris stridents heurtant les tympans du Drows qui se protégea immédiatement les oreilles.

Ce n’était pas bon, ça. Pas bon du tout.

« Bon sang ! », se dit Rána, « où est passé Daelein ?! »

Il ne tarda pas à connaître la réponse, la silhouette du Drow émergeant peu à peu à la lumière des cristaux.

«Des Gobelins! Ces sales cafards ont creusés des tunnels jusqu’aux cavernes à chauve-souris!»

Le commandant des Maraudeurs jura entre ses dents. Il n’avait pas prévu ça. Il se demanda s’ils auraient le temps d’arriver jusqu’à Ul-Ilindith.

Ses muscles se raidirent brusquement lorsqu’il entendit le bruit feutrés de pas rapides. Il tendit davantage l’oreille, faisant signe à la troupe de ne pas faire de bruit. Quelque chose approchait. Et il savait déjà quelle tête ignoble cela aurait…

Visiblement, les Gobelins avaient traqués Daelein, mais ils ne s’attendaient pas forcément à se retrouver face à d’autres Drows. A en juger par leur tête, ils devaient penser que Daelein les avait mené tout droit dans un piège.

« Pour une fois, ce n’est pas le cas », songea ironiquement Rána.

L’un d’eux s’avança, malgré le regard mauvais que lui adressa l’Elfe noir.

«Vous donnez femelle-étoile en argent. Argent grande valeur pour Chef. Beau cadeau pour Chef. Donnez femelle-étoile et nous pas mal à vous.»

Femme-étoile ? Qu’est-ce que c’était que ce charabia ? Rána commençait déjà à se sentir exaspéré par la simple présence des Gobelins. Le simple fait qu’il respire le même air que le sien suffisait à le mettre hors de lui.

Il vit le regard du Gobelin se poser sur l’Elfe de la lune et il comprit de quoi parler l’ignoble créature.

« Le sale petit rat ! Evidemment qu’il l’a vu ! ». Rána se plaça devant Elënna. S’il y avait bien une règle à savoir avec le commandant des Maraudeurs, c’est qu’il ne prêtait pas son butin. Et il le donnait encore moins.

«Alors quoi vous dire à nous?»

« Moi dire à vous… »

Il dégaina aussitôt son épée avec un sourire carnassier :

« … Allez vous faire foutre ! »

Il n’y avait rien de tel que la chasse aux Gobelins pour se maintenir en forme !
Rána vit Daelein et Rhaegnar répondre aussitôt à l’appel avec la même soif de sang. Wode et Nym s’avancèrent à leur tour et le groupe apparut soudain comme une meute de loup.

Les Gobelins jurèrent dans leur langue. Plus nombreux que les Drows, ils se dispersèrent et Rána comprit ce qu’ils cherchaient à faire. Avec les Gobelins, il ne fallait jamais s’attendre à un combat à la loyale. Ces petits fourbes étaient prêts à toutes les sournoiseries afin de duper l’adversaire et remporter la victoire.

Rána attaqua le premier qui croisa sa route et qui tentait de se faufiler jusqu’à Elënna. Il attrapa le Gobelin par le cou, serrant si fort que les veines ressortirent sur la peau poisseuse de ce dernier. Rána plissa le nez, puis il brandit sa prise devant lui, se servant du Gobelin comme d’un bouclier vivant. Enfin, plus pour longtemps. Le Drow en embrocha un deuxième, exécutant avec son sabre une danse macabre. Il ne réfléchissait même plus. Ses bras se déliaient tout seuls.

L’un des Gobelins lui mordit le bras et il lui asséna un violent coup avec le pommeau de son arme afin de la faire lâcher prise, lui écrasant presque la tête au passage. Mais un autre en profitant pour l’attaquer en traître avec sa dague. Il enfonça la pointe dans la jambe de Rána, lequel serra les dents avant de se tourner vers le petit sournois. Le regard qu’il lui lança alors était à glacer le sang et il prédit au Gobelin sa mort imminente.

Alors que le reste des créatures s’enfuit lâchement, devant les machines à tuer que représentait la troupe de Drows, Rána se tourna vers ses comparses avec un grand sourire… sourire qui se figea instantanément, tandis que ses yeux fouillaient la caverne.

« Où est la darthiir ! »

« Tu crois qu’elle en a profité pour s’enfuir ? »

Rána jura entre ses dents à de nombreuses reprises.

« Partez devant, je vous rejoins sous peu ! » lança t-il, avant de s’engager dans le couloir rocheux au pas de course.

La brûlure due à sa blessure ne représentait pas grand-chose face à l’idée de voir son butin s’envoler.

« Commandant ! », appela Daelein en vain.

Mais Rána ne l'écoutait pas. Il avançait dans les tunnels tel un fauve blessé et furieux. Ses yeux luisaient d'un éclat dangereux, la couleur améthyste de son regard accrochant les rais de lumière des cristaux.

Il ne comprenait pas comment il avait pu la perdre de vue. Il était en colère, tellement en colère que chacun de ses pas semblait mordre la terre. Mais il s'en voulait surtout à lui-même.

Ils étaient si proches d'Ul-Ilindith... il ne pouvait pas la laisser s'enfuir maintenant.

« Montre-toi, enfant d'Ithil », gronda t-il entre ses dents.

Ce jeu de chat et de souris commençait déjà à le lasser. Le Drow pensait aux multiples dangers dont regorgeaient les profondeurs de la montagne. L'Elfe de la Lune n'était pas en sécurité dans l'ombre des tunnels. Les Gobelins en avaient montré un bel... non un ignoble/infect/puant (au choix) aperçu. Il fallait qu'il la trouve avant qu'il ne soit trop tard !

Il distingua alors une forme un peu plus loin devant.

« Elënna ! »

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Elënna O'ronrà
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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres (suite) [ Pv Rána E'Lira ]    Mar 4 Oct - 6:08

« Moi dire à vous… »

L’elfe de Lune ne voyait pratiquement rien dans la semi-obscurité des cavernes éclairés par les cristaux, mais elle n’avait pas besoin de ses yeux pour «voir» le sourire carnassier qui devait étirer le visage du Drow au moment où il sortit ses armes. Il «s’entendait» dans ses paroles.

« … Allez vous faire foutre! »

Les Elfes Noirs se jetèrent sur les gobelins, comme les renards se jetteraient sur des lapins. Profitant de leurs distractions, Elënna tourna les talons et se dirigea dans la direction opposé, vers ce qu’elle croyait être la sortie. Peu à peu, les bruits de combats s’estompèrent et la guérisseuse se retrouva dans le noir total. Elle s’arrêta quelques secondes.  

Un ricanement s’éleva dans son dos, suivit par plusieurs autres, faisant courir un frisson le long de son épine dorsal. Ne voyant plus, elle posa la main sur la paroi qui se trouvait à sa droite et se remis à courir.

L’Elfe de Lune se savait suivit, ce pourquoi elle ne s’arrêta pas, même lorsqu’elle sentit qu’on agrippait un pan de sa cape. D’un geste vif, elle détacha la courroie avec sa main gauche. Un hululement de rage, ainsi qu’un corps qui roulait accompagna la cape au sol.

Soudainement, le mur qu’elle suivait disparu et la jeune elfe bascula sur le côté. Elle se releva rapidement, mais après une trentaine de secondes, elle se rendit compte qu’elle se retrouvait dans une grande alcôve sans autre issue que celle d’où elle venait. Malheureusement pour elle, une demi-douzaine de gobelins bloquait sa seule porte de sortie. Elle ne les voyait pas, mais leur charabia était suffisamment audible pour qu’elle sache qu’ils se trouvaient devant elle.  

Il ne s’agissait pas des mêmes créatures qui s’étaient tenus devant elle quelques minutes auparavant. Ils avaient dû se tenir à l’écart durant l’échange et en avaient profité quand l’Elfe d’argent s’était éloignée.

«Toi pas avoir peur, Femelle-étoile. Toi, juste avoir à suivre nous. Pas de mal faire à toi…»

Le dos d’Elënna se plaqua contre la pierre froide et légèrement humide. Ses mains tremblaient un peu. Si elle avait eu la pleine maitrise de sa force, la magicienne aurait eu tôt fait de se débarrasser de ces gêneurs. Elle n’osa pas fermer les yeux pour se concentrer, préférant garder son regard sur les créatures nauséabondes. Elle devait puiser dans sa force cachée, son dernier recours. Elle posa une main sur sa poitrine, et des paroles presque inaudibles emplirent l’air.

«Toi pas avoir langue?»

Les gobelins ricanèrent. Leur odeur infecte mélangée à celle du guano de chauve-souris lui soulevait le cœur.

«Je ne vous suivrais pas, même si le contraire me conduirait aux Enfers.»

Celui qui semblait diriger les autres, s’approcha d’un pas alors que l’elfe se colla un peu plus à la paroi, recommençant son mantra.

«Toi pas avoir le choix, femelle-étoile! Sinon, toi… Mourir!»

« Elënna ! »

Au son de la voix masculine, plusieurs gobelins se retournèrent. Elënna en profita pour fouiller dans sa poche et en sortirent une pierre translucide.

Elle sourit au gobelin en retour :

«La mort... Ú i vethed... Nâ i onnad. Je ne la crains pas» (Ce n’est pas la fin, c’est le commencement)

Elle recommença son chant qui s’accéléra, alors que l’étoile sur sa poitrine commença à briller, libérant du même coup, l’énergie qui y était stocké grâce à un sceau complexe. Elënna ne possédait pas la magie, ni les connaissances pour le remettre en place une fois défait, il s’agissait donc de son ultime recours.

Elle planta son regard opalescent dans ce qu’elle crut être les iris améthyste du Drow et lui intima :

«Rána, fermes les yeux!»

Elle espérait qu’il l’écouterait, sinon, il le regretterait probablement. Elënna ferme fortement les paupières et dit :

«Lùmen!» (Brille)

Une forte lumière blanche émana soudainement de la pierre qu’elle tenait fortement dans son poing, aveuglant les gobelins qui poussèrent des couinements de douleur. Le sceau se brisa et la jeune elfe sentit une cascade d’énergie parcourir son corps, alors que la lumière s’intensifiait encore. Elle pouvait désormais la voir, même au travers de ses paupières closes.
Le bouchon de sa gourde sauta et l’eau tourbillonna autour d’elle et le mercure de la pièce descendit de plusieurs degrés. Ses cheveux argentés s’étaient défait de leur lien et volaient autour d’elle en scintillant, soulever par un vent invisible, alors qu’il n’y avait aucun souffle perceptible. Au contraire, l’air était même lourd, comme avant un orage, un soir d’été.

Le bruit sourd d’objet traversant des corps mous résonna dans l’alcôve, laissant présager un sinistre spectacle. Les corps des gobelins se retrouvaient maintenant empaler sur des stalagmites de glace prenant tous leur source de la surface geler au pied d’Elënna. Mû par un réflexe, elle essuya les gouttelettes chaudes sur sa joue, étendant un peu plus le liquide carmin sur ses joues salit par l’attaque des Loups.

Alors que le sang des créatures gouttait au sol en un clapotis incessant, la lumière que l’elfe de Lune tenait encore dans son poing s’amenuisât et elle ouvrit les yeux lorsqu’elle ne fût plus qu’une simple lueur, à peine plus clair qu’une étoile lorsque le soleil se levait. Le scintillement de l’étoile sur sa poitrine pris plus de temps à s’éteindre, mais il redevint le simple tatouage argenté qu’il était auparavant.  

Le souffle d’Elënna était aussi perceptible que durant les nuits froides de l’hiver. La commissure de ses lèvres et le bout de ses doigts avaient pris une inquiétante tournure violacée, alors qu’elle était secouée de frisson qui allait en s’intensifiant.

Réellement à bout de force, elle tomba sur ses genoux, écorchant au passage son pantalon de cuir. Les yeux toujours clos, elle répéta, avant de s’effondrer vers l’avant, ses cheveux s’éparpillant autour d’elle, tel un voile argenté :

«I onnad…» (Le commencement)

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Rána E'Lira
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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres (suite) [ Pv Rána E'Lira ]    Sam 8 Oct - 20:54

Il l’avait trouvé, entourée de Gobelins. Les fourbes avaient attendu que se profile une occasion pour suivre l’Elfe de la Lune. Rána se sentit subitement las d’avoir à se battre sans arrêt pour son butin. En vérité, il en avait assez de se battre sans arrêt pour quoi que ce soit. Tout en son monde nécessitait de lutter. Il l’avait accepté de longues années plus tôt, mais désormais, il ressentait au plus profond de son être la colère se répandre tel un brasier. A près de cent soixante dix ans, il avait l’impression de débuter sa crise d’adolescence.

  En vérité, le caractère de Rána n’était pas des plus des dociles lorsqu’il revenait de la surface et il valait mieux éviter de le titiller jusqu’à ce qu’il abandonne ses rêveries de forêts et de lacs cristallins brillant sous la lueur de la lune. La mélancolie le rendait… peu apte à la négociation.

  Il s’approcha du groupe, prêt à récupérer ce qu’il considérait comme son dû, mais ses yeux améthyste discernèrent le mouvement furtif d’Elënna.  Elle venait de saisir quelque chose dans sa sacoche. Sa voix s’éleva dans un chant, répété inlassablement telle une litanie sans fin :

«La mort... Ú i vethed... Nâ i onnad. Je ne la crains pas»

Le Drow croisa son regard pâle. Malgré l’obscurité des lieux trop grande pour ses yeux de darthiir, il lui sembla qu’elle l’avait vu.

«Rána, fermes les yeux !»

En temps normal, il aurait répliqué. L’Elfe noir ne faisait confiance à personne, pas même à sa propre famille. Et encore moins à sa mère. Il n’aurait placé sa vie entre les mains de personne d’autre que lui-même. Pourtant, il s’exécuta, ses mains refusant néanmoins d’abandonner ses armes. Même les yeux fermés, il pouvait toujours se battre.

«Lùmen

  A travers ses paupières closes, il perçut la lumière vive qui jaillissait avec la violence d’une vague déferlante. Il se crispa et chercha à protéger son visage. Les grognements des Gobelins lui parvinrent dans toute leur horreur, tandis qu’il grimaçait en sentant les rayons blancs envelopper la caverne. Créature de l’ombre, Rána ne supportait pas la lumière trop vive. S’il avait gardé les yeux ouverts, il en aurait certainement perdu la vue, trop accoutumé aux ténèbres des souterrains.

  Le calme revint peu à peu, tandis que l’obscurité reprenait ses droits. L’Elfe Noir attendit encore un moment, puis il ouvrit lentement un œil. Ce qu’il découvrit alors le figea sur place. Les Gobelins étaient tous morts, empalés sur des stalagmites de glace. Ils n’avaient pas péri par le fer mais par la froideur de la magie. Une magie puissante que le Drow n’avait point soupçonnée. Cette jeteuse de sorts était bien plus dangereuse qu’il ne se l’était imaginé. D’où tirait-elle un tel pouvoir ? Elle était peut-être aussi puissante qu’une Prêtresse de Lloth. Il vaudrait mieux pour elle comme pour lui qu’il la tienne loin de ces dernières…

  L’Elfe Noir dirigea son regard vers Elënna au moment où elle tombait à genoux sur le sol. Il s’approcha d’un pas vigilant, ses armes en main. La méfiance lui dictait de se montrer prudent avec elle. D’un autre côté, elle l’avait prévenu pour le sortilège. Celui-ci aurait pu lui causer des dommages irréversibles. Le voyait-elle comme ce qui se rapprochait le plus d’un allié dans un monde qui lui était inconnu ?

  En tout cas, elle lui parut en piteux état, comme ces Elfes qui succombaient à la morsure du froid dans les Terres du Nord. En voyant ses forces l’abandonner, Rána se rendit compte qu’elle était prête à user de tous ses pouvoirs, même ceux qu’elle avait tenu secret devant les Drows, pour survivre. Pourquoi ne laissait-elle pas tomber tout simplement ? D’autres auraient refusé de se battre plus longtemps pour un tel destin. Malgré sa réticence à concéder des qualités aux darthiirs, le Maraudeur ne put s’empêcher d’éprouver de l’admiration à son égard.  

  L’Elfe Noir observa la silhouette inconsciente. A travers sa vision accoutumée au noir le plus total, il voyait les fils d’argent de sa chevelure former un halo autour d’elle, tel un prolongement de la lune. Les Gobelins l’avaient appelé « Femme-Etoile » et il devait bien avouer que la comparaison était parfaite.

«I onnad…»

« I onnad… », répéta t-il lentement, tandis que le mot trouvait une résonnance en lui. « Mais le commencement de quoi ? ».

  Rána tendit une main, écartant une mèche de cheveu qui entravait le visage de l’Elfe pâle. Lorsque ses doigts entrèrent en contact avec sa peau blême, il fut frappé par sa froideur. Son index descendit jusqu’à ses lèvres violacée ; elles étaient complètement sèches. Fronçant les sourcils, il saisit les mains d’Elënna, plus glaciales encore que du marbre. L’état de la magicienne se révélait alarmant ; elle risquait de mourir s’il ne faisait rien.

   Pragmatique et surtout peu enclin à la panique, le Drow détacha la cape qui recouvrait ses épaules puis enveloppa Elënna dedans. Il ramena la frêle silhouette contre lui, frictionnant ses bras et son dos pour faire circuler le sang.

« C’est une vengeance, c’est ça ? » Murmura t-il. « Tu vas me pourrir la vie jusqu’à ce qu’on arrive à Ul-Ilindith, en fait. »

Il sourit de défi dans le noir, seulement visible d’autres créatures nocturnes comme lui.

« Je te préviens, je suis coriace… »

Il se redressa et la souleva dans ses bras. Ainsi, elle ressemblait à une poupée désarticulée, aussi légère qu’une plume balayée par le vent. Dans la cape sombre du Drow, son visage lui apparut plus pâle encore.

« …Alors, tu as intérêt à l’être aussi », acheva t-il tout en s’enfonçant dans la grotte.

  Rána progressait vite dans les cavernes, malgré sa blessure à la jambe qui l’élançait à intervalle régulier ; il connaissait les lieux comme sa poche et savait se repérer dans ce dédale aussi bien que dans ses propres quartiers. Il fallait qu’il rejoigne Ul-Ilindith le plus vite possible, de préférence avant qu’Elënna ne succombe à ses propres pouvoirs.

« Voilà pourquoi j’ai horreur de la magie », maugréa t-il.

  Attentif au moindre son, le Drow avançait d’une démarche prédatrice, son regard réduit à un éclat violet luisant dans l’obscurité. Au rythme de ses pas, ses cheveux grisonnants battaient la mesure dans son dos alors qu’il se pressait davantage.

  Des bruits se firent entendre. La main droite de Rána abandonna le corps d’Elënna pour se poser sur son épée.

La silhouette de Daelein émergea alors des ombres.

« Commandant ! », S’exclama t-il. « Mais qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?! On dirait presque un cadavre ! »

« Plus tard les questions, Dalein ! Il faut qu’on arrive à Ul-Ilindith le plus vite possible ! Je vous expliquerai tout une fois là-bas. »

Ou du moins, ce qu’il accepterait volontiers de leur expliquer…

« C’est vous le commandant, Commandant », conclut Daelein avec une pointe d’ironie hautement perceptible dans la voix.


oOo


  Par chance, le groupe de Drows parvint à Ul-Ilindith au bout d’une heure de marche. Les Gobelins les avaient un peu éloignés de leur destination, mais les Elfes Noirs avaient forcé le pas, guidé par Wode, leur éclaireur attitré.

  La cité de tous les risques apparut entre les roches brutes et les stalagmites, bien moins impressionnante que Har’oloth et sa magie omniprésente, mais tout aussi splendide de par ses richesses. Des coupoles d’airain guidaient le regard du voyageur et de nombreuses arches reliaient les différentes bâtisses les unes aux autres. Ruelles dissimulées et places aux dalles gravées de runes se mêlaient dans un lieu où l’impossible semblait possible.

  Néanmoins, malgré le soulagement des guerriers Elfes à la vue de leur quartier général officiel, l’état d’Elënna ne s’améliorait pas autant qu'ils l'auraient souhaité. Rána sentait son corps toujours aussi frigorifié, l’atmosphère des cavernes n’aidant pas à la réchauffer. Dès qu’ils étaient entrés dans la cité, le Drow avait pris soin de recouvrir le visage de l’Elfe de la lune, afin que personne ne la remarque. Elle risquait d’attiser certaines convoitises et les interrogations fuseraient dans toute la ville. Pour l’heure, Rána n’avait guère envie de se confronter à la population d’Ul-Ilindith.

  Ils parvinrent jusqu’à la base des Maraudeurs, dont l’entrée était gardée par de gigantesques statues de lézard géant des Monts d’Obsidienne. Bien plus que de simples reptiles, ces derniers étaient les montures préférées des Maraudeurs, parfaites pour cheminer à travers les souterrains et s’enfoncer dans les impressionnants gouffres que recelait les Entrailles de la Montagne.

  Des cristaux illuminaient les ruelles et, par un procédé magique renforcé par un effet miroir, la lumière qu’ils produisaient se faisait plus intense en fonction de l’heure de la journée. A cet instant précis, le soleil s’était sans doute levé à la surface. Rána se sentait épuisé. Il avait l’impression d’avoir couru partout et de s’être battu toute la nuit. C’était d’ailleurs le cas…

  A l’intérieur du quartier général, décoré des nombreux butins de raid, Rána fut soulagé en constatant l’absence des autres Maraudeurs. La plupart se trouvaient en patrouille à l’est de la ville ou près des mines.

  L’Elfe noir n’eut cependant guère le temps de goûter le calme des lieux. Il héla Vala, lui demandant d’apporter de l’eau chaude, puis il gravit les marches conduisant à ses appartements et pénétra dans la pièce de forme ronde. Une fenêtre encadrée de lourds rideaux de velours donnait sur la cour intérieure du quartier général. Au centre, les draps rouges du lit à baldaquin étaient recouverts de parchemins, lesquels avaient certainement migré depuis l’étagère en bois noir près de la porte d’entrée.

  Rána n’eut pas le temps d’apprécier la vision de sa chambre ; il déposa Elënna sur le lit, conscient qu’il venait de froisser ses pauvres parchemins qui n’avaient rien demandé, eux.

  Le Drow vérifia une fois de plus sa température en saisissant l’une des mains de son butin inconscient (dans tous les sens du terme), tandis que Vala entrait, muni de deux grands seaux d’eau. Elle ne jeta pas un seul regard à la forme pâle étendue sur le lit, pas plus qu’elle ne posa de questions. Vala était une ancienne esclave Drow ; elle avait eu le malheur d’appartenir à une Prêtresse de Lloth qui s’était finalement lassée d’elle et l’avait laissée dans un sale état. Par pur esprit de contradiction, Rána avait affranchi la Drow.

Beaucoup plus âgée que ce dernier, Grande et musculeuse pour une femme, elle n’avait cependant jamais réussi à retrouver sa pleine vigueur après les multiples dommages causés par la Prêtresse. Alors, elle officiait chez les Maraudeurs en tant qu’intendante du quartier général. En leur absence, elle refoulait gentiment les visiteurs –et beaucoup moins gentiment s’ils insistaient un peu trop- tout en veillant au bon ordre des lieux. Un peu trop parfois aux yeux de Rána, qui avait tendance à subir les frais de ses penchants maniaques.

  Rána observa la Drow tandis que cette dernière se dirigeait de l’autre côté de la pièce, où un paravent décoré d’arabesques en or dissimulait une bassine. Lorsqu’elle eut fini de déverser l’eau chaude, elle s’éclipsa avec une furtivité qui lui était propre. Une fois la porte refermée, le commandant des Maraudeurs se sentit brusquement abattu par une fatigue soudaine.

« C’est bien pour ça que je ne supporte pas la magie », déclara t-il, soucieux de célébrer à nouveau son antipathie pour les sortilèges.

Seulement, avant de prendre un repos qu’il jugeait bien mérité, il fallait s’occuper du cas Elënna. L’Elfe ne s’était toujours pas réveillée, aussi pâle qu’un matin d’hiver. Heureusement, Rána était un homme d’action. La bassine étant prête à l’usage, il entreprit de dévêtir la magicienne, avant de suspendre tout mouvement. Car oui, tout homme d’action qu’il était, Rána s’arrêta deux secondes pour réfléchir à la portée de son geste. C’est à cet instant précis que revint la providentielle Vala, une moue réprobatrice tordant les traits de son visage à la teinte grisâtre.

« Va soigner tes blessures et laisse donc une vieille elfe prendre les devants », lança t-elle d’une voix grave, presque rocailleuse.  

  Le Drow ne répondit rien et s’éclipsa de la pièce, certain qu’Elënna se trouvait entre de bonnes mains. Malgré son impressionnante carrure, Vala pouvait se montrer douce. Elle était également une bonne observatrice, car ses yeux avaient immédiatement noté la démarche légèrement boiteuse de Rána.

  Le Maraudeur alla trouver de quoi panser sa plaie. Il pesta contre ce « sale enfoiré de Gobelin », le maudissant sur des générations, avant de se rappeler qu’il avait désormais rejoint ses abominables ancêtres. Tant pis, ses descendants feraient les frais de son courroux.

  Une fois qu’il eut bandé sa blessure, Rána revint sur ses pas, une carafe d’eau dans une main, un pichet de vin dans l’autre. Lorsqu’il entra dans sa chambre, Vala venait de déposer Elënna dans le lit. Sans même se tourner vers Rána, elle lança d’une voix morne :

« L’eau chaude lui a fait du bien ; Je l’y ai laissé seulement le temps que sa peau reprenne quelques couleurs, pas plus. Il m’a semblé qu’elle redevenait consciente et j’ai cru l’entendre parler, mais je crains qu’elle soit encore un peu étourdie par ses mésaventures. Dormir ne lui fera pas de mal. Je vais laver ses vêtements et lui apporter une tenue de rechange en attendant. Il doit bien y avoir une tunique qui traine dans vos butins de guerre. »

Rána hocha simplement la tête, déposant la carafe d’eau sur une commode. Il s’empara d’un gobelet et se servit du vin qu’il but avidement.

« Tu vas la vendre, n’est-ce pas ? »

Malgré des efforts évidents, Vala ne réussit pas à dissimuler aux oreilles de Rána la réprobation dans sa voix. Ce dernier se resservit un verre.

« Je sais ce que tu en penses, Vala, mais je n’ai pas le choix. La capture d’une Elfe de la lune me vaudra une certaine sympathie de la part des membres influents d’Ul-Ilindith. »

La bouche de Vala se tordit dans un rictus.

« Les pensées d’un mâle n’atteignent pas celles d’une femelle ! », répliqua t-elle, acerbe. « Ce n’est pas grâce à la pègre que tu mèneras ta rébellion ! Ils ne recherchent que le profit et l’opulence ! Pense un peu à la réaction d’Elmera si elle découvre l’Elfe de la lune ! Je sais mieux que quiconque ce que signifie servir une Prêtresse de Lloth… »

Un silence fit suite à ses paroles. Rána vida d’un trait son verre, conscient que le regard de Vala ne le quittait pas.

« C’est Nym qui l’a trouvé », répondit-il enfin d’une voix lugubre.

« Je vois… Mais tu ne me dis pas tout. »

En effet, il ne lui avait pas dit qu’il avait déjà épargné Elënna auparavant, de la même manière qu’il avait laissé partir Helende Idylis'naïa, la meneuse des Eclaireurs d’ Em'rys Feälócë. Il se surprit à avouer à la Drow bien plus qu’il ne souhaitait le faire :

« Je pense que Lloth m’a envoyé un signe en la plaçant sur mon chemin. »

Il désigna d’un vague geste de la main la silhouette d’Elënna. Peut-être l’Araignée attendait-elle de lui qu’il lui prouve sa loyauté, après avoir manqué d’éliminer une ennemie de son peuple.

« Tu entretiens une étrange relation d’amour et de haine avec la Déesse. Parfois, elle me semble être un reflet d’Opale… »

« Ne parles pas de ma mère, sorcière », répliqua Rána d’une voix ferme, tandis que son regard se faisait plus incisif. N’oublies pas qui t’as rendu ta liberté. »

« Je n’oublies rien, mâle borné. Je te rappelle seulement contre quelle société tu comptes te dresser, Rána de la Maison Daevon E’Lira. »

Un soupir franchit les lèvres du Drow. Il savait tout cela. Un éclair de lassitude traversa ses prunelles et il eut la certitude que Vala l’avait remarqué. L’Elfe Noire se radoucit.

« Rána, je suis persuadée que tu te trompes ; ce n’est pas Lloth qui t’a envoyé la darthiir, mais je pense que ce sont plutôt les dieux de la surface. Réfléchis-y. »

Le Drow claqua sèchement la langue. Vala sortit, promettant d’apporter une tenue de rechange pour Elënna, ainsi que du pain elfique. Pour l’heure, Rána n’avait pas fin ; il se sentait seulement épuisé. Ses épaules lui semblaient lourdes et ses muscles engourdis par la fatigue. De plus, la conversation avec l’Elfe Noire n’avait rien arrangé.

  Le Maraudeur ôta sa tunique sombre, la jetant avec nonchalance au coin du lit. La lueur des cristaux qui brillaient faiblement dans la chambre redessina les nombreuses cicatrices qui sillonnaient son dos et son torse, traçant des lignes de chair pâle sur sa peau grisâtre. On disait de Rána qu’il n’avait aucune ambition et ne se battait pour rien d’autre que l’effusion de sang, mais ceux qui murmuraient dans son dos ignoraient ce qui se cachait derrière ces cicatrices.

  Avec un nouveau soupir las, Rána se laissa tomber sur le lit, aux côtés d’Elënna. Ses yeux se fixèrent sur le plafond, tandis que les paroles de Vala continuaient à le hanter.  Il se rappela alors les paroles de l’Elfe de la lune dans la caverne.

« Ú i vethed. Nâ i onnad », répéta t-il, songeur.

Il finit par s’endormir sur ces pensées.

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Elënna O'ronrà
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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres (suite) [ Pv Rána E'Lira ]    Mar 17 Jan - 5:07

Il n’y avait que l’obscurité qui l’entourait. Impossible de ne bouger ne serait-ce que le petit doigt. Le froid lui étreignait le cœur et semblait figer l’air dans ses poumons. Le froissement de ses vêtements sur sa peau lui faisait terriblement mal, mais impossible d’exprimer sa douleur. Il n’y avait que l’épuisement et les ténèbres qui l’aspiraient.

Une soudaine chaleur l’envahit. La différence de température entre sa peau et l’eau dans laquelle on l’avait plongé la transperçait de part en part comme des millions de petites aiguilles chauffés à blanc. Un cri torturé s’étrangla dans sa gorge. Plus les minutes s’égrenait, plus le froid de ses membres perdait la bataille, remplacé par une bienfaisante tiédeur.
Elle sentit le sang se remettre à circuler dans ses veines et son cœur ne se démenait plus dans sa poitrine. Les brumes de sons esprit semblèrent se dissiper quelque peu. Elle sentit ses lèvres bougé et sa voix murmuré des paroles, mais leur sens ne lui parvient pas.

La guérisseuse sentit qu’on l’enveloppait dans une épaisse couverture, avant de sombrer dans un sommeil sans rêves. Juste avant de s’y abandonner, elle entendit des voix étouffés s’élevés :

« L’eau chaude lui a fait du bien ; Je l’y ai laissé seulement le temps que sa peau reprenne quelques couleurs, pas plus. Il m’a semblé qu’elle redevenait consciente et j’ai cru l’entendre parler, mais….»

Elënna n’entendit point le reste de la conversation étant rapidement tombée endormie après avoir été déposé sur le lit.
L’elfe de Lune se réveilla difficilement, emmitoufler dans la couette chaude, tentant par tous les moyens de retrouver cette béatitude qui l’étreignait quelques minutes auparavant. Le sommeil disparu d’un seul coup lorsqu’elle se rendit soudainement compte qu’elle était entièrement nue sous l’édredon. Ses yeux s’ouvrirent sous le choc et elle ne put empêcher le rouge de lui monter aux joues et de s’étendre dans son cou, honteuse de se réveiller dans le même lit que l’elfe noir qui l’avait fait prisonnière.

Désireuse de mettre le plus de distance entre le Drow et elle, l’elfe s’éloigna lentement, ne voulant pas non plus le réveillé.
Elle réussit tant bien que mal à descendre du lit, tout en tenant la couverture bien serrée autour de son corps à l’apparence frêle, mais cachant grande force. Elle s’accrochait au morceau de tissu comme s’il s’agissait de son seul rempart.
Son peuple n’éprouvait pas de honte face à leur apparence et elle aurait pu aisément se promener entièrement nue s’en être intimidé. Elle ne souhaitait tout simplement pas accordé la satisfaction à ses ravisseurs de pouvoir la contemplé dans son plus simple appareil.

Il faisait sombre dans la pièce seulement éclairé par des cristaux diffusant une lumière froide, et la guérisseuse n’arrivait pas à distinguer les éléments qui l’entouraient. Elle opta donc pour la prudence et marcha à petits pas, tout en se tenant près du lit, seul élément qu’elle arrivait à repérer.

Elle retint un hoquet de surprise, alors qu’une haute silhouette se dressa à contrejour, elle ne l’avait pas senti entrée…
L’elfe comprit rapidement qu’il s’agissait de la Drow qu’elle avait entendu parler un peu plus tôt. Cette dernière lui fit signe de la suivre sans faire de bruit, ne voulant probablement pas réveiller le dormeur.

Elënna suivit l’autre femme jusqu’à une autre pièce, plus éclairé que la dernière. Durant le bref moment qu’elle avait passé dans le couloir, elle avait pu entendre des rires et le bruit des couverts qu’on entrechoque, mais le tout dans une langue qu’elle ne pouvait comprendre.

Dans la pièce, dénudée de toute décoration, la vieille elfe tendit un morceau de tissu à la plus jeune.

«Je suis Vala. Enfiles ça…»

Son ton était sec et sa voix, rocailleuse, comme si elle avait du mal à parler le langage commun. Devant l’hésitation de l’elfe de lune, elle continua :

«Sauf si tu désires rester nue.»


La guérisseuse s’empressa de prendre la tunique. La couverture tomba au sol dans un bruit étouffé, alors qu’Elënna passait le vêtement, trop grand pour elle, ayant été probablement conçu pour un homme, au-dessus de sa tête. Elle s’émerveilla quelques instants devant la douceur du tissu, fluide comme de l’eau, mais léger comme une plume.

«C’est de la sìlken…»


Sa voix n’était qu’un murmure. La sìlken était un matériau précieux et maintenant, rare, chez les elfes de lune, utilisé seulement durant les mariages ou autre cérémonie toutes aussi importante. Il n’y avait plus d’artisan qui sache manipuler ce tissu parmi les siens et ils chérissaient donc chaque robe ou tunique qu’ils possédaient. En retrouver une dans un tel endroit était complètement aberrant pour la jeune elfe.

La Drow la sortit rapidement de sa rêverie, lui intimant de la suivre à nouveau. Elënna remit rapidement la couverture sur ses épaules. La sìlken était un tissu merveilleux, mais il avait le désavantage de ne pas tenir chaud et chaque souffle glacé apporter par les cavernes à l’extérieur faisait parcourir des frissons sur la peau de l’elfe qui n’était pas encore tout à fait remise de son hypothermie.

Elle suivit la femme, en petit pas rapide, ayant du mal à suivre la cadence. Elles descendirent une série de marche, évitant soigneusement la pièce aux portes closes, mais d’où provenaient les rires qu’elle avait entendus plus tôt.

Elles arrivèrent dans les cuisines où brûlait un feu pratiquement rendu à l’état de braise. Vala lui indiqua un banc en bois et Elënna y prit place sans esquisser le moindre mot. La Drow ne semblait pas être le genre de femme contre qui on pouvait s’obstiner.

Elle déposa un morceau de pain elfique devant la guérisseuse, ainsi qu’une coupe remplie de vin. Ne se faisant pas prier, la jeune elfe commença à manger, tout en avalant de temps en temps une grand lampée de vin. Le goût du pain était différent de celui qu’elle connaissait, lui apportant un certain malaise.
Alors qu’elle terminait la ration qu’on lui avait offert, Vala s’était placée dans son dos et avait entreprit de défaire chaque nœud que le bain et son sommeil avait pu créer dans sa longue chevelure argentée. Ses gestes étaient étonnamment doux pour quelqu’un de cette carrure.

Elënna resta sans bouger pendant plusieurs minutes, ne sachant pas comment réagir, préférant baisser les yeux tout en triturant ses ongles longs. Lorsque la vieille elfe eut terminé sa tâche, elle déposa la brosse sur la table de bois marquée par les années. Elle resservit la jeune elfe en vin et se détourna en direction du comptoir en pierre, terminant probablement le repas qu’elle avait commencé plus tôt.

Après quelques instants de silence, seulement entrecoupé par le ronflement du feu que la Drow avait rallumé, sa voix rauque s’éleva :

«Ton nom?»


La guérisseuse fixa le dos de l’autre femme pendant des secondes qui lui semblèrent être une éternité. Elle répondit simplement :

«Elënna.»

Vala ne fit aucun signe pour souligner à l’elfe de lune qu’elle l’avait entendu.

«Tu vas être vendue, tu le sais au moins?»

Cela sonnait plus comme une affirmation qu’une question, mais l’elfe argentée répondit tout de même.

«Oui.»

Clair et concis.

Vala ne fit que secouer la tête, ne semblant pas savoir quoi répondre. Elle laissa sa marmite mijoter au-dessus des flammes, avant de s’asseoir devant l’elfe de lune. Son regard était perçant et la plus jeune pouvait y lire que cette femme avait atrocement souffert durant son existence. Ses iris se portèrent brièvement sur la poitrine de la guérisseuse avant de revenir se poser sur ses prunelles opalescentes.

«Est-ce une marque de naissance ou un tatouage?»

Elënna se demanda pendant une seconde si la question était réellement posée par pur curiosité ou parce qu’elle cherchait à lui soutirer des informations. Des informations sur quoi? Elle n’en avait aucune idée…

«Ni l’un, ni l’autre. C’est une bénédiction d’Ithil, mais oui, elle est indélébile...»

Voyant que la Drow ne répondait rien, la guérisseuse termina sa coupe de vin. Au moment où elle buvait sa dernière gorgée, la plus vieille elfe lui demanda :

«Darthiir, es-tu toujours vierge?»

Pendant un instant, Elënna crut qu’elle allait mourir étouffée par son vin. Elle toussa fortement, sentant la chaleur envahir son cou et ses joues. Elle détourna les yeux et hoqueta :

«Je…»

Mais les mots se perdirent avant d’arriver à ses lèvres.

«Réponds simplement.»

Se refusant toujours à fixer l’autre elfe dans les yeux, elle répondit dans un souffle :

«Oui.»

Vala soupira.

«Pauvre fille… Tu viens de doubler en valeur.»

Sans laisser le temps à l’elfe de lune de répondre, elle se leva et lui intima de la suivre à nouveau. Elënna marcha en silence, les yeux fixés sur ses pieds nus, tout en serrant la couverture contre elle.

Elles refirent le chemin en sens inverse et la guérisseuse se retrouva à nouveau dans la pièce circulaire servant de chambre au chef des maraudeurs. Vala partit sans un mot, plongeant la pièce dans cette étrange luminosité causé par les cristaux.
Un autre coup de fatigue l’envahit, mais elle hésita à s’allonger sur le matelas, déjà occupé par Rána. Elle préféra s’asseoir au sol, le dos appuyé contre le lit et s’emmitoufla un peu plus dans la couverture. Elle laissa le sommeil l’envahir.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, le corps raidit par la position inconfortable dans laquelle elle avait dormit. La luminosité des cristaux lui semblait légèrement différente, mais elle ignorait s’il s’agissait seulement de ses yeux qui lui jouaient des tours.

Dormir et manger lui avaient fait du bien. Elle ne se sentait pas entièrement remise, mais désormais, elle ne risquait plus de s’évanouir au moindre effort. Elle sentit la présence d’eau dans la pièce et elle sortit doucement la main de son cocon de chaleur, ignorant du fait même la douleur d’être resté assise trop longtemps sur le sol dur.

Un filet d’eau sortit de la bassine qui avait servi à la réchauffer, pour venir rejoindre docilement la main de la magicienne. Elënna souffla faiblement quelques incantations et l’eau s’éleva dans les airs, avant de se torde comme un serpent et de prendre la forme que lui avait ordonné l’elfe de lune. Le liquide avait pris une forme circulaire et plate, lisse comme la surface calme d’un lac. Sa main retourna dans la couverture, mais le miroir d’eau resta en suspension, comme maintenu par un fil invisible.

Des couleurs, d’abord floues, apparurent à sa surface. Le regard de l’elfe se concentra et l’image se précisa.

Le ciel nocturne, sans lune, mais parsemé d’étoile, petits diamants scintillants sur le velours noir de la nuit, brillaient par milliers, alors que des rubans colorés semblaient dansés dans les hauteurs nuageuses. Des aurores boréales, dans les teintes de roses, de mauves, de bleus et de verts, rivalisant jalousement avec les premières à qui était la plus magnifique.

La neige scintillait sur les pins gelés.

Ce n’était ni une vision, ni une création de son esprit. C’était des souvenirs qu’Elënna pouvait faire diffuser à sa guise sur son miroir d’eau.

Les lumières des aurores s’effacèrent pour laisser la place à une clairière baignée par les rayons de l’après-midi qui filtraient au travers des branches. Un cerf marchait tranquillement, mangeant librement l’herbe tendre de cette fin de printemps.

La tunique trop grande pendant sur l’une de ses épaules, dégageant l’étoile sur sa poitrine qui reflétait la douce lueur provenant du souvenir.

La soudaine pensée que l’elfe ne pourrait peut-être plus jamais voir le Soleil ou encore pire, la Lune, effleura son esprit et une larme solitaire glissa le long de sa joue, sans un bruit, sans même l’ombre d’un sanglot.

Spoiler:
 

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