Le Sang des Elfes

Le fragile équilibre des terres d’Asha est menacé. Incarnerez-vous l'un des fiers Elfes Sylvains, un impitoyable Drow ou encore un énigmatique Elfe de la Lune ?
 
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 Les Chroniques de Calliste Neroven (parce que Rána a envie de passer le temps à écrire n'importe quoi)

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Rána Daevon E'Lira
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MessageSujet: Les Chroniques de Calliste Neroven (parce que Rána a envie de passer le temps à écrire n'importe quoi)   Jeu 10 Mar - 15:23

Lugubre. Voilà comment l’on pouvait qualifier ce petit bout de territoire isolé, perdu au cœur des marais. Les nuits se teintaient d’encre noire et opaque, de gros nuages épais empêchaient toute lumière de bercer les lieux. En dehors des bourgades, aucun flambeau n’osait contrer l’empire de l’obscurité. Quant au jour, il ne se colorait que de nuances de gris, de la clarté aveuglante des matins d’hiver aux ciels orageux d’une après-midi d’été. Morose et austère, la contrée quasiment déserte subissait les caprices d’un temps maussade, et ce soir là ne faisait pas exception aux autres.

Le vent soufflait avec rage, porteur d’une pluie diluvienne. Elle s’écrasait avec force dans l’herbe fraîche battue par les bourrasques. Les branches des arbres ployaient sous cet acharnement et seules leurs racines profondes, enfouies dans la terre, offraient quelque lutte à l’élément déchaîné. A cette bataille entre ciel et terre s’ajoutait une odeur humide de boue. Un temps à ne pas mettre le nez dehors, en somme.

Et pourtant, une silhouette s’était résolue à braver les éléments. Trempée jusqu’aux os, elle avançait à un rythme inconstant, subissant les assauts des rafales impitoyables, bien décidées à lui barrer la route. Elle était le seul point mouvant sur le sentier dédaigné par les voyageurs. L’eau de pluie s’écrasait sur son capuchon, ruisselait le long de son manteau d’un violet sombre et profond.

L’homme porta une main agacée aux quelques mèches de cheveux qui dépassaient de sa capuche pour y chasser les gouttelettes tombant sur ses yeux.

Il s’arrêta pour observer les lieux, ses bottes plongeant dans la boue. Il cherchait quelque chose. Et il ne mit guère longtemps à l’apercevoir. Son regard accrocha une lumière chaude, à moitié dissimulée derrière une colline. Sûr de lui, le voyageur reprit sa route, les pans de son manteau claquant dans le vent. Il semblait fourbu, légèrement vouté, comme s’il supportait le poids d’une fatigue intense. Plus il avançait, plus ses gestes se faisaient lents, sans cesse retardé par le sol instable.

Il prit une longue inspiration, rabattit son capuchon un peu plus sur son visage ruisselant, se protégeant du mieux qu’il pouvait de la pluie battante. Ses longs doigts se crispèrent sur sa veste, les ongles enfoncés dans le tissu épais et imperméable.
Au bout d’un bon moment de lutte contre les bourrasques incessantes et la pluie qui alourdissait ses vêtements, il parvint à distinguer de nouveau la lueur aperçue auparavant. Elle dessinait dans la nuit des carrés de lumières jaunâtres, comme un mirage en plein cœur du néant. Pourtant, il ne s’agissait en rien d’une illusion, mais d’une bâtisse bien réelle, dont le toit en tuiles était désormais clairement percevable, sous l’éclat des flambeaux. Une petite pancarte en fer forgé grinçait sur le mur, subissant elle-aussi les assauts du vent fougueux. Elle annonçait : « Le Corbeau Eméché » (qui n'est peut-être pas inconnu de l'honorable lecteur).

Le voyageur s’arrêta juste en dessous, ses bottes maculées de boue se stoppant avec un bruit mou dans la terre gorgée d’eau de pluie. Il avisa la pancarte et sa bouche se fendit d’un sourire cynique, dévoilant des dents blanches.

Sans un regard en arrière, il ouvrit la porte, pénétrant dans la lumière étrangement chaleureuse du « Corbeau Eméché ». La température de la pièce lui sauta au visage, lui rappelant un bref instant combien le froid dehors était mordant. Le voyageur finit par se laisser gagner par cette atmosphère chaude qui sentait la bière et des plats copieux gorgés de sauce.

Pourtant, il n’eut pas le loisir d’apprécier plus longtemps la satisfaction d’avoir trouvé un abri. A peine avait-il fait son entrée dans l’auberge, son manteau aux pans boueux pendant mollement au-dessus du parquet, que les regards s’étaient braqués immédiatement vers cet homme seul, les traits dissimulés aux yeux avides des curieux. On appréciait guère les étrangers dans les régions. Ils apportaient avec eux le mauvais temps, la maladie ou quelques obscures nouvelles. Parfois les trois en même temps.
Les bottes du nouveau venu laissaient d’abondantes traces sur le sol, et ses mains s’agitaient nerveusement afin de chasser l’eau, trop présente à l’intérieur de ses manches.

Le voyageur fit quelques pas en avant d’une démarche lente, mais néanmoins souple. Il avait repéré une table libre au fond de la salle, un point stratégique pour qui recherche la tranquillité, sans oublier de garder un œil sur les lieux et ce qui s’y trouvait.
Il traversa la pièce tout en ignorant les yeux fixés sur lui, faisant fi des conversations interrompues à son passage. C’est qu’il dégageait une aura étrange, ce bougre vêtu comme un marchand. Les broderies à ses manches et son col attiraient les regards. Qu’est-ce qu’un homme riche viendrait faire dans cet établissement, au cœur d’un patelin rongé par les superstitions ?

Et puis surtout, on l’avait aperçu sortant du bois, tout près de l’auberge.
Or, on racontait que personne ne ressortait jamais vivant du bois. La « Bête » n’offrait aucun droit de passage, hormis un allé-simple.

Qui était cet homme ?

Sous le signe impérieux du tenancier de l’auberge, une serveuse se faufila entre les tables plus ou moins animées, se plantant avec suspicion devant celle du nouvel arrivant. Elle se gratta nerveusement le nez, constellé de petites tâches de rousseur, attendant que le client lève les yeux. Ce dernier n’en fit rien, trop occupé à retirer son manteau pour le faire sécher sur la chaise à côté de lui. Il constata, non sans une moue de dépit, que ses vêtements en-dessous -un pourpoint couleur grenat trop grand pour sa stature, aux manches brodées de fils d’or- n’avaient guère été épargnés par les intempéries. Dépité, il retira ses gants pour les poser sur le rebord de la table. Il les changea une première fois de place, avant de les y remettre, pour finalement décider qu’ils n’avaient rien à faire sur la table et seraient bien mieux sur le dossier du siège.

La serveuse, impatiente, se racla la gorge dans l’espoir de signaler sa présence qui, jusque là, passait tout simplement inaperçue. Ce petit bruit étouffé eut l’effet escompté, puisque le voyageur releva la tête, désormais dégagée.

La femme ne masqua pas sa surprise en découvrant le visage du client qui, lui, ne bronchait pas. Il se borna à planter un regard d’acier dans celui de la serveuse, sans même battre un cil. Elle pouvait sentir d’ici l’odeur parfumée de sa chevelure flavescente, signe distinctif qu’il n’appartenait pas au même milieu. D’ordinaire, les clients sentaient la sueur et la crasse.

Un petit sourire énigmatique se dessina sur les lèvres fines de l’homme, rajeunissant un peu plus ses traits et retroussant son nez mutin qui lui donnait des airs féminins. Pourtant, malgré l’expression chaleureuse qui remodelait son visage au teint halé, ses yeux gris demeuraient secs et peut-être même un peu tristes.

On ne voyait pas le fond de ce regard, de la même manière que fixer une nuit sans lune ne débouchait que sur un abime insondable.

_ Vous allez continuer à me dévisager longtemps comme cela ? Demanda soudainement l’homme d’une voix chaude.

La serveuse eut un sursaut, ramenée brutalement à la réalité par cette intonation semblable à un lent grondement. Elle cessa aussitôt toute inspection, bien que le voyageur n’ait rien de bien inquiétant avec son corps maigrichon et sa taille relativement moyenne. Si une rixe débutait dans l’auberge –ce qu’elle ne souhaitait pas- elle ne donnait pas cher de sa peau.

_ Pardonnez-moi, Messire, répondit-elle précipitamment, dans l'espoir de ne pas faire fuir le client.

Le sourire du voyageur s’étira un peu plus, lui donnant des airs de lutin malicieux.

_ Comment pourrais-je en vouloir à une demoiselle quand elle me regarde avec de si jolis yeux ? Un joyau pâlirait en comparaison !

La serveuse demeura stoïque. C’était la première fois qu’on lui adressait ce genre de paroles, aussi ne sut-elle comment réagir. Elle se contenta de battre des cils, incrédule.

_ Vous désirez manger ou boire quelque chose ?S’enquit-elle sans regarder son interlocuteur.

Il dévoila ses dents d’un air ambigu, avant de se recomposer un visage affable, mais la jeune femme évitait de croiser son regard.

Il s’agissait sans doute d’un marchand et ils se faisaient rares par ici. Elle espérait ne point le contrarier, car il pouvait bien lâcher quelques piécettes s'il estimait être bien servi. Cela la changerait des radins des hameaux alentours.   

_ Une bière me conviendra très bien, répondit l’homme en ponctuant sa réponse d’un signe de la main.  

La femme hocha la tête, avant de s’éclipser rapidement entre les tables d’une démarche bancale.  

A nouveau seul, l’homme allongea ses jambes sous la table, tout en entreprenant un examen minutieux de la pièce. A la lueur des bougies, ses yeux semblaient luire tels ceux d’un prédateur.

Le comptoir face à l’entrée abritait le tenancier, préoccupé depuis de longues minutes à essuyer le même verre, le regard fixé lui aussi sur la pièce. D’aspect sec, presque maladif, il changeait complètement de visage lorsqu’un client s’approchait. Il arborait soudainement un sourire jovial et excessivement débonnaire, radieux à la simple vue des piécettes qui sonnaient gaiement sur le comptoir.

Tout autour s’étalaient les tables, occupées essentiellement dans le périmètre de la cheminée. Là, les voyageurs poussaient de vives exclamations et plus personne dans la salle ne pouvait ignorer leurs récits enthousiastes.

Près des fenêtres où l’air s’infiltrait pernicieusement, quelques personnes, beaucoup plus rares, conversaient à voix basse, nullement gênées par la voix du barde qui s’était lancé dans un récital sans fin à l’image des lieux. Sinistre.  

L’attention du voyageur solitaire fut soudainement attirée par le rire énorme d’un homme, à faire trembler les poutres en bois qui soutenaient le plafond. Assis de dos, près de la cheminée, sa carrure imposante suffisait à masquer son interlocuteur, installé face à lui.

Cette observation rigoureuse aurait pu se poursuivre davantage, si la serveuse n’était pas reparue à cet instant, déposant sur la table un verre immense rempli de bière, ainsi qu’un plat au savoureux fumet qu’il regarda d’un œil circonspect.

Il n’eut cependant pas le loisir de savourer la nourriture ou même de boire une gorgée que le tenancier et son air maladif s’approchèrent jusqu’à sa table. L’homme sec entortillait ses doigts, espérant donner le change avec un sourire trop crispé pour être honnête, à s’en faire sauter les jointures de la mâchoire. Le voyageur, d’abord impassible, suspendit son geste de porter la chope à ses lèvres pour dévisager celui qui venait maladroitement l’interrompre.

Comme le client aux cheveux de blé se bornait à le fixer, sans émettre aucun mot, le tenancier prit la parole :

_ Le repas est à vot' goût ? Demanda t-il gaiement, malgré un tremolo dans la voix.

_ Il me plairait davantage si je n’étais pas dérangé.

Refroidi par la réplique cinglante, le tenancier hésita un instant sur la conduite à suivre. Son interlocuteur de cillait pas et avala une gorgée de bière.

_ Excusez-moi d'vous interrompre, Messire. C’est juste qu’votre visage m’est familier.

Un rire flûté s’échappa des lèvres du voyageur.

_ C’est bien la première fois que j’entends ça, répliqua t-il. Je sais pourquoi vous êtes là ; détendez-vous. Je ne suis que de passage pour une affaire personnelle qui ne concerne en rien votre établissement.

Le tenancier s’empressa de démentir ses propos, ce qui aurait pu marcher s’il n’avait pas affiché un air aussi soulagé :

_ Non, non ! J’pensais à rien de tout ça, messire !

Il se racla la gorge, avant de s’asseoir comme s’il s’apprêtait à faire une confidence. Pendant ce temps, le voyageur le fixait avec de grands yeux ronds incrédules.

_ Z’êtes le Comte de Neroven, n'est-ce pas ?

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Rána Daevon E'Lira
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Calliste Neroven (parce que Rána a envie de passer le temps à écrire n'importe quoi)   Jeu 17 Mar - 22:07

_ Z’êtes le Comte de Neroven, n’est-ce pas ?

Cela sonnait plus comme une affirmation qu’une réelle question, aussi le mystérieux client ne répondit rien, n’esquissa pas même un hochement de tête. Il laissa simplement ses yeux gris posés sur l’homme maigre, avec un léger battement de paupière pour exprimer l’acquiescement.  

_ Calliste, finit-il par dire sur un ton des plus anodins, avant de sourire largement, une expression qui le fit ressembler à un félin repu.

Le tenancier soupira, reprenant sur un ton tremblant :

_ Z’êtes à sa recherche ? Elle était ici, y a quatre ou cinq jours…

Le dénommé Calliste se pencha en avant ; son regard soudainement déterminé avait perdu toute trace d’amusement.

_ Quatre ou cinq ? Quand on poursuit quelqu’un, la différence est énorme.

_ Il… il me semble qu’c’était quatre, Messire. Mais elle n’était pas seule. Elle était venue retrouver quelqu’un. Un homme. Ils étaient assis juste là, comme j’vous l’dis, Messire.

Il désigna d’un geste vague l’un des coins de la taverne. Calliste plissa les yeux, scrutant son interlocuteur.

_ Aviez-vous déjà vu cet homme ? Demanda t-il, suspicieux.

_ Pour sûr, Messire. C’était un servant du Baron de Noirépine, une petite bourgade au nord d’ici, près du grand lac.

Calliste se rassit plus confortablement sur son siège, l’air songeur.

_ Sont-ils partis ensemble ?

Il ne semblait pas particulièrement ravi à cette idée.

Le tenancier secoua la tête vivement.

_ Non. Celle qu’vous cherchez a passé la nuit ici, tandis que l’homme a quitté l’auberge aussitôt la discussion achevée. Je l’ai juste vu lui remettre une lettre avec le sceau du Baron d’ssus. Il a parlé d’une invitation, que’que chose comme ça. La d’moiselle avait l’air inquiète, mais je n’ai pas cherché à écouter plus loin. Vous savez, c’que disent les clients… c’est pas bien mes affaires.

_ Vous en savez pourtant bien assez pour quelqu’un qui ne se mêle pas des conversations, souleva ironiquement le Comte.

L’aubergiste se rebiffa aussitôt.

_ J’fais mon métier, Messire !

_ Oh je n’en doute pas, mon ami. Calmez-vous donc.

Un simple sourire désarma le tenancier, qui jeta un œil à droite puis à gauche avant de retrouver son flegme coutumier. Il observa l’homme face à lui, se demandant à quoi il pouvait bien penser à cet instant. Son visage semblait concentré, son regard fixe perdu dans le lointain. Le voyageur était sans doute tout à ses problèmes. Sa lèvre inférieure disparut un instant sous ses dents et le tenancier en conclut que le pauvre homme tentait de dissimuler son chagrin. Après tout, même s’il avait du sang bleu, il restait un humain.

On lui avait bien dit que le Comte de Neroven cherchait après sa sœur. Très peu connaissaient son visage, ailleurs que dans la noblesse, mais le tenancier avait tout de suite senti qu’il s’agissait du maître des bois alentours. Sauf que plus personne ne pénétrait dans les bois depuis que la Bête y rôdait.

L’inquiétude passa un instant sur les traits de l’aubergiste. Il soupçonnait Calliste d’avoir réussi à dompter la Bête. N’avait-il pas traversé les bois tout en demeurant sain et sauf ? On ne pouvait guère en dire autant des jeunes femmes que l’on avait envoyé au château délabré du Comte pour y servir de domestiques. On les avait retrouvés au milieu des bois, la gorge déchiquetée. Pauvres enfants !

Comme Calliste ne parlait plus, le regard toujours aussi impénétrable et plongé dans de sombres souvenirs, l’aubergiste le laissa à ses réflexions. Et puis, un noble tel que lui devait avoir des pensées bien plus élevées que les siennes, aussi retourna t-il essuyer ses verres, dans le brouhaha de l’auberge.

oOo

Les yeux rivés sur les courbes de la serveuse, Calliste perçut seulement le mouvement du tenancier qui retournait derrière son comptoir. Il ne tourna même pas la tête pour lui dire un mot, laissant simplement glisser ses yeux le long du dos de la demoiselle, pour s’attarder sur le balancement régulier de ses hanches rondes. Après son voyage éreintant sous la pluie battante, la vue de ce corps féminin lui apparut comme une vision du paradis.

Se sentant soudainement observée –l’on aurait pu dire détaillée- la jeune femme tourna la tête vers la table de Calliste. Les yeux foncés de la serveuse s’écarquillèrent légèrement, alors que ce dernier lui adressait un signe de tête courtois. De toute évidence, il cherchait à se donner des airs spirituels qui reflétaient mal ses véritables pensées. Si elle avait été dotée d’un talent de télépathie, la demoiselle aurait sans doute rougi. Pour l’heure, elle affichait son air stoïque coutumier.

Calme et patient, Calliste porta son verre à ses lèvres avec un détachement feint, jusqu’à ce que la serveuse passe non loin de lui. Au lieu de l’attirer avec de grosses paluches crasseuses comme le faisaient parfois d’autres clients mal dégrossis, le Comte l’appela d’une voix flutée.

Elle s’avança vers lui d’un pas hésitant, avant de demander d’une voix morne :

_ Messire ?

Calliste attendit quelques secondes, jouant avec la patience de la jeune femme.

_ Pardonnez-moi de vous dérangez, demoiselle. Pourriez-vous seulement m’apporter un peu de pain, je vous prie ?

La serveuse hocha la tête, puis disparut, avant de revenir quelques secondes plus tard avec une corbeille de pain sec.

_ Voici, Messire, dit-elle poliment.

Elle allait repartir, mais Calliste, qui n’avait même pas encore touché à son plat et ne semblait pas prêt d’en faire autrement avec le pain, la retint.

_ Excusez-moi. Je vous demande quelque chose alors que j’espère toute autre chose. Me pardonnez-vous mon audace si je vous demande votre nom ?

La jeune femme regarda ses pieds, puis le Comte, puis de nouveau ses pieds, avant de relever les yeux pour croiser le regard insistant et éperdu du mystérieux voyageur. Interloquée, elle ne put s’empêcher de murmurer :

_ Aurore.

Les lèvres de Calliste se fendirent d’un sourire chaleureux.

_ Aurore ! lança t-il aussitôt avec emphase. Ce nom vous sied à merveille. L’instant où le soleil s’éveille pour baigner le monde de sa chaude lumière ! Collines et forêts rayonnent de beauté sous les bienfaits de l’astre qui s’élève fièrement et durement !  

Cette fois-ci, les joues de la serveuse rosirent, mais elle ne put rien ajouter car le tenancier l’appelait au comptoir. Elle aperçut seulement le sourire mutin du mystérieux voyageur, le menton calé dans la paume de sa main.

Calliste demeura ainsi quelques secondes, avec son air de ne pas y toucher -mais qui compte justement y toucher plus tard- lorsqu’une ombre se profila derrière lui.

_ Et si tu effaçais cet air idiot de ton visage ? Lança une voix d’où transpirait une ironie mordante.

Calliste se retourna pour fixer de grands yeux ronds, faussement innocents, sur son nouvel interlocuteur.

_ Vincent ! S’exclama t-il sur un ton affable qui ne trompa pas ce dernier.

_ C’est ça, fit le dénommé Vincent en s’installant en face de Calliste. Fais semblant d’être heureux de me voir. Je ne commenterai même pas les « bienfaits de l’astre qui s’élève fièrement et durement », ni le « soleil qui baigne le monde de sa chaude lumière ».

Calliste fit la moue tout en jouant négligemment avec sa cuillère.

_ C’est parce que tu n’as pas l’âme d’un poète, Vincent, pauvre homme terre à terre que tu es.

Le nouveau venu se demanda s’il devait en rire ou en pleurer. Il opta pour une moue à mi chemin entre le sourire et l’expression du dépit, une prouesse physique dont lui seul était capable.

_ Tu es le pire poète qui soit, Calliste. Il fallait que quelqu’un te le dise. Mais trêve de plaisanteries, je croyais que tu étais ici pour retrouver Rose. En ma qualité d’informateur, je veux bien t’aider dans ta quête, mais voilà que je te déniche ici à compter fleurette au lieu de mener l’enquête !

Le Comte sourit plus largement.

_ J’avais d’autres rimes en « quette » à l’esprit, mais je vois que ton sens de la poésie s’affûte.

Vincent contint difficilement son soupir. Il marmonna un « tu me fatigue », une sorte de réplique qui revenait régulièrement chaque fois qu’il conversait avec Calliste. C’était comme tenter de raisonner un enfant. Cependant, il se devait bien de le supporter, car le Comte de Neroven avait de l’argent et une position sociale qui ouvrait certaines portes.

_ Rappelle-toi que je prends des risques dans cette mission. Le Baron n’a guère aimé que je fourre le nez dans ses affaires et c’est une chance que j’ai réussi à trouver une piste sans finir dans ses geôles.

Une moue vaguement amusée flotta sur les lèvres de Calliste, mais son regard dissimulait fort mal sa curiosité.

_ Je reconnais bien là tout ton altruisme, Vincent ! Toujours prêt à aider un ami dans le besoin !

Ledit altruiste fronça les sourcils.

_ Sauf que je ne suis pas ton ami. Et je ne t’aide pas non plus. Je coopère, ni plus ni moins.

Calliste but une gorgée de bière.

_ Ça me convient aussi, répondit-il, désinvolte. Alors, qu’as-tu appris ?

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