Le Sang des Elfes

Le fragile équilibre des terres d’Asha est menacé. Incarnerez-vous l'un des fiers Elfes Sylvains, un impitoyable Drow ou encore un énigmatique Elfe de la Lune ?
 
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 [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]

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Elënna O'ronrà
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MessageSujet: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Mer 3 Fév - 22:59

La Vallée des Vents s’ouvrait devant elle, invitante, mais repoussante à la fois. Elle se retrouvait seule, devant cette étendue en ruines. La brise sifflait entre les débris de pierre, cet endroit ne portait pas ce nom par pur hasard.

Elënna avait tenté d’expliquer à Helende son besoin de se recueillir sur ces terres, seule. Elles avaient convenu un point de rendez-vous et l’éclaireuse lui laissait un jour et demi. C’était plus que ce que l’elfe argenté aurait pu demander.

La jeune femme avait descendu précautionneusement les chemins accidentés qui menaient des Sentiers Éternels jusqu’à la cité en elle-même. Le sable et les débris rocheux craquaient sous ses bottes de cuirs souples. Il y avait probablement autre chose, quelque chose de plus lugubre, mais elle ne souhaitait pas y penser pour le moment.

Elle ressentait une détresse et une tristesse qui semblait suinter des murs encore debout, mais elle savait que ces sentiments ne provenait pas de son esprit. Elle n’avait pas vécu en ce lieu, du moins pas assez longtemps pour s’en souvenir.

Levant les yeux au ciel, elle remarqua que le temps était de plus en plus couvert et même en ce milieu d’après-midi, il faisait plus noir qu’au crépuscule. Ses pas l’a conduisirent jusqu’à un bâtiment qui semblait en meilleur état que les autres.

Il s’agissait d’un temple. Un endroit sacré dédié à Ithil, la Déesse Lunaire. Étrange que des êtres comme les Drows qui vénéraient une déesse complètement à l’opposé, est laissé ce lieu intact…

Elënna s’avança en silence entre les colonnes de quartz blanc. Le sol de marbre était recouvert d’une épaisse couche de poussière, ce qui en ternissait le blanc laiteux. Les veinures grisâtres de la pierre qu’on pouvait encore apercevoir rappelaient les zébrures de l’astre céleste. Qu’est-ce que l’elfe aurait donné pour voir le temple sous les rayons de la lune. Probablement que ce moment béni n’arriverait jamais. Elle ne serait là que quelques heures et le temps resterait couvert.

L’elfe continua son avancé jusqu’à un autel. Une haute statue y siégeait, si grande que la jeune fille ne lui arrivait qu’aux genoux. Une elfe, magnifique, taillée dans un albâtre couleur perle. Elle était revêtu d’une longue robe drapée artistiquement qui tombait jusqu’au sol, camouflant ses pieds et sa chevelure cascadait jusqu’à ses hanches. Son visage semblait sans âge et sans trait particulier, comme si l’artiste inconnu n’avait osé lui imposé une apparence particulière. Ses yeux étaient deux amandes scintillantes, ayant été sertis d’une pierre de lune opalescente en guise d’orbe. La même pierre avait été taillée en une sphère parfaitement ronde et déposé dans le creux de ses mains. Comme partout ailleurs, une fine couche de poussière recouvrait certaine partie de la statue, ce qui, étrangement, renforçait son aspect d’immuabilité

Finalement, un dragon ciselé dans un argent qui avait fini par ternir avec le temps,  était couché sur ses épaules, le museau relevé et la queue étroitement enroulée autour de son bras. Les yeux de la créature étaient aussi des pierres de lune, mais grise. Une étoile d’albâtre blanc avait été insérée sur son front. Comme il devait être spectaculaire lorsque l’argent était entretenu par des mains de maitre. Quel dommage qu’un tel savoir d’orfèvrerie se soit perdu avec le temps. Dire que quelque chose d’aussi beau provienne de son peuple et que désormais, ils vivaient au cœur de la forêt de pin du Nord, attristait Elënna.

Devant elle, se dressait la plus belle représentation de la Déesse Ithil et du dragon Silmë qu’elle avait pu voir. Même les descriptions de son grand-père au sujet de l’idole n’avaient pu lui rendre justice. Même maintenant, après avoir passé une centaine d’années sans être entretenu, la statue restait impressionnante et Elënna ne pouvait en détacher le regard.  

De longues minutes plus tard, l’elfe argenté s’arracha à sa contemplation et s’éloigna lentement, n’ayant de cesse de se retourner pour admirer une dernière fois la représentation de la Déesse. Un bruit de verre résonna en écho dans le lieu silencieux. Elle leva le bout de sa botte pour découvrir un morceau de miroir éclaté. En regardant d’où il provenait, elle comprit que les anciens Elfes de Lune s’étaient servi d’un jeu de miroir pour que l’idole soit toujours éclairée par l’astre de nuit.

Elënna replaça son sac sur ses épaules et sortit du temple pour retourner vers les ruines.

Depuis le temps, l’herbe folle et les arbres avaient repris leurs droits sur les sentiers de pierres blanches créer par les anciens citadins et quelques animaux, surtout des oiseaux, furent dérangés à son passage.  

Il faisait de plus en plus noir et l’elfe argenté n’avait pas encore trouvé ce qu’elle recherchait. La plupart des demeures étaient démolies, alors que d’autres semblaient vouloir tomber en ruines au moment même où on les regarderait.  

Quelles étaient les chances que la maison de ses parents soit toujours debout? Plutôt mince à son avis. Elle continua de marcher, le plus silencieusement possible, mais les pépiements d’oiseaux qu’elle dérangeait, résonnaient dans la Vallée. Elënna tenta de se remémorer les histoires que certaines personnes lui avaient racontés sur ses parents, son grand-père ayant toujours été avare de commentaires à leurs sujets. Elle réussit tant bien que mal à s’orienter dans la cité en ruines, mais les points de repères qu’on lui avait donné n’existaient plus ou presque plus.

Elle arriva finalement devant une demeure qui présentait une apparence plutôt instable. Une partie du toit semblait prête à s’effondrer à tout moment. Lorsqu’elle poussa la porte qui tenait encore miraculeusement sur ses gonds rouillés, la pression fut trop forte sur ses derniers qui lâchèrent et la lourde porte en bois qui s’abattit dans l’entrée, soulevant un nuage de poussière. Comble de la malchance, la vibration qu’elle provoqua fit s’écrouler une partie plus instable du toit. L’avalanche de débris de bois et de pierre força l’elfe de lune à reculer et l’a fit tousser. Le bruit retentit longuement et elle se mit à en maudire l’écho.

Elle s’avança prudemment, redoutant un autre effondrement. Elle contourna la pile de débris et un vent frais sentant la pluie pénétra dans la pièce. L’elfe argentée réussit à se faufiler jusqu’à une grande pièce à vivre qui ne semblait pas avoir subi les effets du temps. Une grande bibliothèque occupait une partie de l’espace. Malheureusement, les meubles qui composaient la pièce semblaient avoir été rongés par des animaux quelconques. Elënna s’approcha des manuscrits, mais celui qu’elle empoigna avec  délicatesse, se défit en morceau. Un autre avait été mangé par les mites et était illisible.  Dans un coin de la pièce, elle trouva un coffre en cèdre qui contenait un autre manuscrit qui lui, contrairement aux autres, semblait en bien meilleur état. Il y avait aussi quelques articles, mais la jeune elfe n’y prêta pas attention pour le moment.

Elle ouvrit délicatement et resta surprise. Ce n’était pas un livre ordinaire, mais un manuel de magie comme on n’en faisais plus parmi son peuple. Tout était maintenant transmis à l’oral, alors avoir une telle source de savoir entre ses mains l’émerveillait. Elle prêta soudainement attention à l’écriture dans la couverture. Deux prénoms y étaient inscrits, dans des calligraphies différentes. Lorsqu’elle y lu O’ronrà, elle comprit qu’il s’agissait de ses parents.

Elle avait bel et bien réussi à trouver ce qu’elle cherchait…

Du coin de l’œil, elle remarqua un objet intriguant dans le coffre. Elle rangea précautionneusement le cahier de ses parents dans son sac de voyage et souleva l’objet, qui se révéla être plus solide que ce qu’elle s’était imaginée. Il s’agissait d’un masque, indubitablement féminin, aux traits fins. Le contour des yeux était souligné d’un trait rougeâtre et l’étoile à six branches des elfes de lune était peinte en rouge sur le front. Il s’agissait probablement du masque que sa mère portait avant d’être marier. Même s’il ne lui y restait pas vraiment d’espace dans son sac, elle entreprit d’y mettre sa dernière trouvaille. Elle ne le laisserait pas dans cet endroit.

Elle sortit finalement de la demeure, en jetant un dernier regard en arrière. Elle retourna en direction du temple et se trouva un lieu pour se reposer, à l’abri des regards qui auraient pu se trouver sur les Sentiers Éternels. Assis sur une pierre, elle attrapa un morceau de viande séché, encore bon malgré son passage dans les marais et le mâchouilla, tout en feuilletant délicatement le carnet. Une page cornée au centre attira son attention. Elle tourna les pages et y découvrit un dessin de l’étoile à six branches. Un mot avait été hâtivement écrit dans la marge :Elënna

-Oh, Maman…

Alors qu’elle caressait l’image de cette même étoile qui ornait sa poitrine, un pressentiment l’envahit. Elle rangea rapidement le livre dans son sac, descendit de son perchoir et remonta sa capuche sur ses cheveux avant de se tapir dans les ombres du temple, tous ses sens en alerte. Mais la pénombre qui était de plus en plus dense, ne l’aidait pas. Elle ouvrit son outre et des filets d’eau s’enroulèrent autour de sa main. Elle espérait juste qu’il s’agissait d’un animal et priait pour  ne pas faire une autre mauvaise rencontre…    

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Mémoire d'Asha
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Jeu 4 Fév - 21:20


Le vent acéré du Nord giflait son visage, lui gelant les os à mesure qu’il avançait seul dans l’étendue enneigée. Le manteau blanc avait recouvert les sentiers, dissimulant la piste qui conduisait jusqu’à l’ancienne cité des Elfes de la lune.

Loin de la capitale qui l’avait vu naître, Nym se sentait aussi démuni qu’un enfant. L’humidité des cavernes et son obscurité lui manquaient. Il ne pensait plus qu’à retourner au plus vite se terrer dans les ombres. L’immensité du ciel nuageux l’engloutissait et il n’osait lever les yeux de crainte de ne plus savoir comment bouger.

Nym n’était pas le meilleur pisteur des Maraudeurs. Son esprit avait tendance à s’égarer sur des futilités, tandis que sa concentration facilement ébranlable ne lui permettait guère de se focaliser sur une piste. Pourtant, le Drow avait insisté pour partir en éclaireur avant même la tombée du crépuscule, laissant au camp, près des Monts d’Obsidienne, ses coéquipiers. Parmi ces derniers figurait, à la tête de l’expédition, Rána Daevon E’Lira, fils d’Opale l’Empoisonneuse.

Le commandant des Maraudeurs ne s’était jamais intéressé au Nord d’Asha, aussi cette excursion surprenait-elle Nym. La dernière fois que Rána s’était rendu à la surface, il n’avait rien dit de son itinéraire au jeune Drow. Celui-ci se demandait donc jusqu’où il s’était rendu. Avait-il découvert quelque chose dans le Nord ?
Soudainement assailli par une violente bourrasque, chargée de quelques flocons minuscules mais glacés, Nym rabattit son capuchon sur le devant de son visage. Le froid lui mordait la peau et la neige se heurtait à la surface de sa peau noire, ne laissant que de fines gouttelettes sur ses pommettes.

Malgré le vent cinglant et impitoyable de ces contrées hostiles, le Drow parvint à fixer son regard vers l’horizon, au-delà des Sentiers Eternels qu’il avait traversé pendant de longues et interminables minutes dans le froid. Fixés à la roche grisâtre des montagnes, des bâtiments se découpaient dans la lueur glaciale de cet après-midi hivernal. Au pied des monts, la dramatique Vallée des Vents dévoilait ses premières ruines, désormais habités par les fantômes de la guerre et le ballet des courants d’air.

Etrange que Rána l’ait envoyé à la cité des Anciens. Il ne s’était jamais intéressé aux Elfes de la Lune, les jugeant trop faibles pour susciter son intérêt. A l’instar de son chef et de tout Drow qui se respecte, Nym abhorrait la faiblesse sous toutes ses formes. Seule la force primait en ce monde. Pourtant, alors qu’il avançait dans la Vallée, se rapprochant sensiblement des bâtisses en pierre, le Drow ne pouvait que reconnaître la majesté qui se dégageait encore de la cité morte. Quelque chose de magique imprégnait ces terres, quelque chose de quasiment mystique.
Nym craignit à une sorte d’ensorcellement, aussi sa méfiance se renforça t-elle. Qui sait quels spectres malicieux hantaient encore ces lieux ? Par pure provocation et en signe de dédain, le Drow cracha sur le sol.

Il remarqua alors la surface argentée de certaines dalles encore intactes, dans lesquelles se reflétaient les nuages anthracite qui obscurcissaient un peu plus le ciel. Nym éprouva un soulagement intense en voyant les ombres gagner en intensité, lui qui ne supportait pas la lumière vive de la surface.
Le Maraudeur parvint à un escalier de pierres qui grimpait le long de la roche, jusqu’au sommet du col où se dressaient autrefois les plus beaux édifices des Elfes argentés. Il commença son ascension avec précaution, son ombre se découpant sur les ruines.

Il se faisait l’effet d’un charognard arrivé après la bataille pour piller les restes. Les restes de quoi ? C’était bien là la question. Quels trésors pouvaient bien encore abriter l’ancien bastion des jeteurs de sort ? Nym était là pour y répondre. Si Rána recherchait surtout des matériaux de qualité pour forger de nouvelles armes, le jeune Maraudeur en revanche était bien plus intéressé par l’idée de trouver un artefact magique ou quelques pierres précieuses.

Les yeux du Drow s’attardèrent sur la forme d’un bâtiment en particulier. Plus majestueux que le reste des ruines, ce devait être les vestiges de ce qui avait autrefois été un temple. Un sourire carnassier étira les lèvres de l’Elfe noir. Voilà de quoi combler ses attentes !

Cela tombait bien, les lieux étaient déserts.

Nym fit route vers son objectif, le cœur battant à l’idée de découvrir un trésor. Agile, il gravit les dernières marches d’un pas léger, tel un chat se promenant sur les toits.

Mais alors qu’il atteignait les portes du temple, un bruit sourd lui fit tourner la tête. Immédiatement, le Drow se colla à une paroi, sa main fusant vers la poignée du sabre qu’il avait attaché dans son dos. L’adrénaline fit battre le sang dans ses veines, avivant la fougue qui le caractérisait si bien. Dans ses yeux s’allumèrent l’excitation du combat imminent, alors qu’il se demandait quelle créature allait avoir le malheur de croiser sa route.

Progressant de ruines en ruines, le Drow se camouflait dans le décor du mieux qu’il le pouvait. Ses talents d’espion lui permettaient de se mouvoir sans bruit et il retint sa respiration pour ne pas trahir sa présence.

Furtif, Nym se rendit sur les lieux d’où provenait le bruit, mais il ne découvrit que décombres. Rien d’autre que le silence, redevenu maître des lieux. Perplexe, le Maraudeur inspecta les alentours, la déception logée au fond de sa gorge.
Il demeura un moment sur les lieux, sans trop savoir quoi faire, à scruter chaque parcelle du bâtiment délabré. Un animal avait bien pu provoquer les éboulis, après tout.

Finalement, il se détourna, prêt à rebrousser chemin.

Cependant, ses yeux ne tardèrent pas à apercevoir de fines traces de pas. Le Drow s’accroupit, tentant de suivre la trace de ce qui ne semblait pas être un animal.

« Darthiir ! », cracha t-il avec mépris en songeant qu’il s’agissait d’un Elfe de la surface.

Les pas conduisaient jusqu’aux immenses rochers, à proximité du temple. Il n’en fallut pas plus à Nym pour se faufiler dans leur direction, jusqu’à ce qu’il aperçoive une forme blanche, presque trop éblouissante pour ses yeux accoutumés à l’ombre.
Un rictus déforma les lèvres du Drow, alors qu’il observait la silhouette de dos. De longs cheveux d’argent dévalaient son dos, héritage du peuple de la Lune. Il parut surnaturel à Nym de trouver en ces lieux maudits l’une des descendantes des Elfes d’argent. Mais qu’importe, l’occasion était trop belle pour la laisser passer.

Qu’importe les pierres précieuses ! Les magiciens se vendaient cher à Ul-Ilindith. Nul doute que Rána serait enchanté de s’enrichir avec un tel butin. Les marchands d’esclave se battraient pour l’obtenir ! Et Nym serait récompensé pour avoir livré à son chef l’objet de leur fortune.

Mais alors qu’il se voyait déjà dans ses souterrains adorés, Nyl fut surpris de voir l’Elfe bouger brusquement, comme alertée de sa présence. Il se tapit aussitôt derrière les rochers, avant de la voir se terrer dans les ombres du temple.
Seulement l’ombre protégeait les Drows depuis des siècles, leur accordant ses faveurs. Ce constat fit sourire Nym. Il attendit le moment propice pour s’approcher furtivement, laissant à sa proie le temps de paniquer.

Parvenu près des portes, il dégaina soudainement son sabre avant de se ruer à l’intérieur tel un diable jaillit de sa boîte.

«Lloth tlu malla !! » (« Louée soit Lloth »)

Ignorant les filets d’eau qui serpentaient autour des mains de la magicienne, Nym fondit sur sa proie avec la force et la violence caractéristiques des jeunes Drows. Son sabre fendit l’air, sifflant furieusement au cœur des ombres tel un appel au sang et à la mort. La pointe manqua de peu l’Elfe de la lune, la forçant à reculer un peu plus à l’intérieur du temple sombre. Il ne voulait guère l’abîmer, elle se vendrait moins bien.

De longues années après le massacre, voilà que de nouveau un Drow pénétrait dans la demeure des Elfes de la Lune. Quelle triste ironie.  

Nym se mit en garde, le regard rivé sur la jeteuse de sorts.

« Vendui ', Darthiir ! » (« Je te salue, Elfe de la surface »)

Le jeune Drow esquissa un sourire cruel, avant de parler dans la langue commune :

« Plus un geste, sorcière ! Remballe tes sorts si tu tiens à ton joli minois ! Si tu reste tranquille, aucun mal ne te sera fait. »

Du moins, jusqu’à ce qu’elle se retrouve à Ul-Ilindith, mais ça Nym ne jugea pas utile de le préciser. Une omission n’était pas forcément un mensonge, après tout…
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Elënna O'ronrà
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Mer 10 Fév - 3:39

La nuit tombait rapidement dans la montagne et l’elfe de Lune était en train de payer le prix de sa curiosité. Elle avait cruellement manquée de prudence. Le chuintement discret d’une arme qu’on retirait de son fourreau, l’alerta et son estomac se tordit. Elle n’avait visiblement pas affaire à un animal un peu trop impétueux.

«Lloth tlu malla !! » (« Louée soit Lloth »)

C’était une langue inconnue, gutturale, mais qui trouvait en elle un écho familier. Elle n’avait compris que le mot Lloth et cela était bien assez pour comprendre à qui elle avait affaire. Le Drow fondit sur l’elfe d’argent, telle une vipère sur sa proie.

La jeune fille lança un sortilège qui força l’humidité de l’air à devenir plus compacte. La masse d’air ralentit la course du sabre, imperceptible pour l’elfe noir, mais suffisamment pour qu’Elënna qui put esquiver la pointe mortelle. Vive, elle se servit de son élan pour se replier vers l’intérieur du temple. Il lui semblait que le Drow n’avait pas vraiment tenté de lui infliger un coup rapide et mortel et cela l’inquiétait. Elle était d’ailleurs parfaitement au courant que cette race était friande d’esclave…

Mais elle ne se laisserait pas prendre, pas sans avoir défendu chèrement sa vie.  

Elënna se mit à réciter quelques formules, tentant de s’aider du temps orageux. Elle sentait la neige qui descendait en flocons des hauts cols, elle pourrait en tirer avantage. Son esprit fonctionnait à vive allure, mais ses lèvres et ses mains bougeaient à peine, pour ne pas attirer l’attention de l’elfe noir qui venait de se placer en position de combat et qui ne semblait pas vouloir l’a quitté des yeux.

« Vendui ', Darthiir ! » (« Je te salue, Elfe de la surface »)

Elle avait envie de lui hurler qu’elle ne comprenait pas un seul mot de ce qu’il venait de lui dire, mais elle se retient. Darthiir, ce n’était pas la première fois qu’elle entendait un Drow utiliser ce mot et elle avait l’impression, qu’à chaque fois, il sonnait comme une insulte dans leurs bouches.

Le sourire cruel que l’elfe noir se mit à afficher n’était pas pour l’a rassuré. Elënna accentua le sort sur l’eau qui entourait ses mains. Les filets d’eau se mouvaient maintenant de façon plus chaotique et leurs pointes commencèrent à se cristallisée. L’elfe d’argent les manipulait de façon habile, comme s’ils n’avaient été que le prolongement de sa main. L’un d’eux émit le même claquement qu’un fouet, qui résonna en écho entre les colonnes scintillantes du temple.

-Plus un geste, sorcière ! Remballe tes sorts si tu tiens à ton joli minois ! Si tu restes tranquille, aucun mal ne te sera fait.

Comme si elle allait croire les paroles qui sortaient de la bouche d’un Drow. Elle comprit rapidement qu’il ne cherchait pas à la blesser, du moins de façon permanente…

Elënna releva la tête en signe de défi et rétorqua :

-Me crois-tu si naïve pour croire à tes paroles, Drow?

Elle n’attendait pas vraiment une réponse. Les fouets aquatiques tourbillonnaient autour de son corps frêle. Sa magie n’était pas axée sur le combat, mais elle était passée maîtresse dans l’art de la défense et la diversion.

L’elfe de Lune savait pertinemment qu’elle ne vaincrait pas un elfe noir en combat singulier. Il avait la fougue et la violence. Elle, elle avait la ruse et les éléments de son côté.

Elle le sentait jusque dans ses os. Son sang bouillonnait et sa chair était parcourue par des frissons qu’elle n’avait jamais ressentis.

La magie. La magie était si forte, si puissante.

C’était comme si la terre de ses ancêtres répondait à ses incantations. Ses mains se mirent à trembler d’exaltation. Elle ne s’était jamais sentit autant en contact avec l’élément aqueux que maintenant. Elle pouvait ressentir chaque flocon de neige qui tombait sur la peau nue de ses mains et de son visage. Invoquer ses pouvoirs n’avait jamais été aussi facile qu’ici. Sa voix semblait résonner de partout à la fois, comme si elle ne provenait pas de sa propre bouche, mais plutôt du temple en lui-même.

Les rafales de vent s’engouffrèrent de plus belle par les interstices du temple lunaire. Elles se firent si fortes qu’on arrivait à peine à voir devant soi. Elënna se concentra pour que le froid ne l’atteigne pas. Certes, elle était bien vêtue pour le climat du Nord- cette fois-ci elle avait encore ses bottes pour rester au chaud- mais la rigueur du temps restait son ennemi.

-Ne pense pas que je ne serai pas facile à attraper…

En quelques mouvements secs, elle envoya ses fouets en direction du Drow qui lui faisait toujours face. Elle ne le voyait plus très bien et elle savait qu’il en serait de même pour lui.

Elle espérait juste pouvoir l’atteindre par surprise ou le blesser légèrement, mais elle savait aussi qu’il s’agissait de quelqu’un de bien entrainer. Pendant qu’elle faisait diversion avec ses armes improvisés, elle renversa le reste du contenu de son outre sur le sol qui se recouvra rapidement d’une couche de givre étincelant.

Et glissant.

La plaque de glace se rendit jusqu’aux pieds de l’elfe noir, la neige qui fondait sur le plancher de marbre l’aidait grandement à prendre cette envergure.

D’un seul mouvement, ses fouets tombèrent au sol et se soulevèrent, en large stalagmites glacés et mortels qui barrèrent le chemin au Drow, tout en lui bouchant la vue.

Elënna prit ses jambes à son cou, se dirigeant plus profondément vers l’intérieur du temple, espérant que le pied qu’elle avait pris dans une gangue de glace pendant sa diversion avec les rafales de neige lui donnerait assez de temps. Elle devait à tout prix trouver l’entrée caché du tunnel qui menait sous l’autel. Elle savait qu’il avait abrité quelques elfes de lune durant la bataille qui avait mené à leur quasi extinction. Elle avait écouté les histoires des quelques survivants qui les avaient rejoints dans le grand Nord. Le passage était étroit. Il n’y avait tenu qu’à trois seulement.

Trouvé les repères s’avéra plus difficile qu’elle ne l’aurait cru. Elle courut en direction de l’idole d’Ithil qui trônait à quelques mètres devant elle, témoin silencieuse des événements actuels et passés.

La fatigue lui tombait dessus, comme une chape de plomb. Ses membres tremblaient d’épuisements. Elle ne s’était pas encore tout à fait remise de son combat contre la Vouivre et voilà qu’elle usait à nouveau de ses pouvoirs, au-delà de sa limite corporelle. Elle avait user de sort puissant, aider par la magie des lieux et elle en ressentait maintenant rudement les effets du contre-coup. Elle avait plutôt peu et mal dormit la veille, ce qui n’était pas pour l’aider. La magie avait un prix et elle le payait maintenant.  

Le froid lui prenait à la gorge et lui brûlait les poumons, comme si on y déposait des braises ardentes.

Elle n’avait qu’à se rendre derrière la statue et l’étroit passage qu’elle dissimulait la conduirait jusqu’à la cache. La tête lui tournait et des points noirs apparaissaient devant ses yeux, lui bouchant la vue. Mais elle n’osait pas s’arrêter de courir, puisque sa vie en dépendait.

Elënna n’osait pas regarder derrière elle, mais elle sentait qu’elle n’était plus seule dans cette partie du temple.    

Sa vision brouillée se porta sur la Déesse et elle murmura, pour elle-même:

-Ithil, protèges-moi.

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Mémoire d'Asha
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Jeu 18 Fév - 21:21

Nym vit la magicienne le toiser d’un air de défi qu’il désapprouva d’un sec claquement de langue.  Il ne pouvait pas croire qu’elle s’estime en mesure de le vaincre. Après tout, le Drow ne voyait en ce peuple qu’un ramassis de bons à rien.

« Me crois-tu si naïve pour croire à tes paroles, Drow ? »

L’Elfe grimaça. Ce face à face pouvait se révéler distrayant, soit. Mais pas assez pour satisfaire la soif de sang de Nym. Ce ne serait rien d’autre qu’un amusement en attendant de vrais combats à la hauteur d’un guerrier Drow. Les Maraudeurs n’avaient pas de temps à perdre avec les moucherons d’Asha.

Les yeux braqués sur les mèches argentées de la magicienne, l’Elfe songea un instant à traîner sa proie par la chevelure pour l’amener devant ses coéquipiers. Il voyait déjà leurs regards interloqués, puis ébahis par sa prise. Nul doute que Rána le féliciterait pour son butin.

Mais la belle confiance de Nym ne tarda pas à légèrement vaciller. Quelque chose changea progressivement dans l’air, de la même manière qu’un ciel bleu s’obscurcit sous la menace de sombres nuages. Mais Nym connaissait peu de choses aux changements du ciel, accoutumé aux ténèbres permanentes des profondeurs.

Il sentit d’abord ses poils se hérisser sur sa nuque, comme un géant des glaces lu avait soufflé dans le cou, jusqu’à ce que le froid gagne peu à peu ses membres. Ses muscles se crispèrent sous la morsure glaciale. Son souffle se fit emporter par des bourrasques de vent de plus en plus violentes.

La voix de la magicienne fut amplifiée et parvint jusqu’à ses oreilles tel un grondement.

« Ne pense pas que je ne serai pas facile à attraper… »

« Maudite… », pesta le Maraudeur.

Dans un premier temps, il plaça son sabre devant lui, de façon à se protéger, mais les courants d’air venaient de toutes parts. L’Elfe jeta un œil à sa proie, protégée par l’élément et hors de portée. Il n’eut d’autre choix que de se replier dans un coin du temple pour échapper à la magie.

L’impétueux Nym sentit qu’il perdait son calme, là où il devrait se montrer impassible. Il jura à plusieurs reprises, cherchant une issue.

Très vite, les fouets liquides lui rappelèrent douloureusement les Prêtresses de Lloth. Ils se déployèrent vers lui à une vitesse fulgurante. Aussitôt, les réflexes de Nym prirent le pas sur tout le reste. En quelques mouvements fluides, il parvint à trouver le rythme mécanique des guerriers Drow. Son sabre tournoya, parant les différentes attaques, alors qu’il se faufiler vers la jeteuse de sorts. Une frénésie meurtrière s’empara peu à peu de lui, le poussant à avancer malgré les assauts de l’élément aquatique. Mais ainsi, il s’exposa aux coups. L’un l’atteignit au tibia.

Seulement, rien ne pouvait l’empêcher d’avancer, ce qu’annonçait sans mal ses yeux embrasés par le feu du combat.

Il progressait, mais soudainement, les fouets s’écrasèrent au sol pour se changer en stalagmites. Il sentit ses pieds déraper sur le sol, menaçant son équilibre. Les dalles étaient recouvertes par le gel.

Seuls ses réflexes lui permirent de s’arrêter à temps, ses mains gantées se crispant sur la glace qui lui bloquait désormais le passage.

La garce ! Elle savait se défendre !

Dans un geste de rage, l’Elfe noir asséna un coup à l’horizontale d’une incroyable puissance, tranchant le sommet de la stalagmite.
La vue dégagée, Nym haletait, voyant sa proie s’enfuir vers l’intérieur du temple. Un grondement sortit de sa gorge.

« Ne crois pas m’échapper, sorcière », murmura t-il pour lui-même.

L’Elfe sauta par-dessus le reste de stalagmite, la glace frôlant sa jambe en une caresse froide et dangereuse. Du sang perla sur la surface glacée, mais Nym ne jeta pas même un regard à son pantalon déchirée par les pics mortels crées par la magicienne.
Avide de vengeance, il se lança à la poursuite de cette dernière.
Plusieurs fois, il manqua de glisser, ce qui fit redoubler sa rage. Toute sa progression était sans cesse ralentie par les pièges de l’Elfe de la lune. Mais où pourrait-elle bien se cacher, ici, à l’intérieur du temple ? Quelle ombre pourrait la soustraire à la vision du Drow ? Les ténèbres étaient alliées pour lui et ennemies pour elle.

Tous ces efforts pour lutter contre froid et glace se faisaient sentir. La respiration de Nym devenait saccadée, ses épaules larges se soulevant nerveusement à mesure qu’il avançait vers la statue de ce simulacre de déesse qu’était Ithil.  

Il finit par apercevoir la silhouette frêle de la jeteuse de sort, visiblement en train de chercher quelque chose derrière l’autel et aussi en plus mauvaise posture que lui, d’ailleurs. Elle semblait payer le prix de ses attaques, ce qui arracha un sourire à Nym.
La démarche mécanique, il raffermit sa prise sur la poignée de son sabre. Il soufflait beaucoup, transi par le froid. Ses muscles engourdis rendaient pénibles chaque mouvement.

Pourtant, lorsqu’il parvint jusqu’à l’Elfe argentée, il se pencha vers elle sans révéler son état de fatigue et c’est d’une poigne ferme qu’il enserra le cou gracile et pâle de la jeteuse de sorts.

« Ithil ne te protègera pas là où je t’emmène », lança t-il, le souffle court, d’une voix rauque peu habituée à parler l’elfique commun.

Il la souleva sans peine, resserrant sa poigne. Les veines de l’Elfe commençaient à ressortir et sa peau pâlit de plus belle.

Nym soupira avant de lâcher prise. Il prit un air désinvolte comme si tout cela lui importait peu, mais en vérité, le froid lui rongeait toujours les os.

Le Drow se plaça derrière sa proie, plaçant la pointe de son sabre dans le dos de cette dernière.

« Je ne te ferais pas de mal, alors avance. En revanche, essaye à nouveau de fuir et j’ôte quelques uns de tes jolis ongles. »

Il pressa légèrement la lame contre le dos de l’Elfe argentée, la contraignant à avancer vers la sortie du temple.

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Elënna O'ronrà
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Sam 20 Fév - 2:51

L’elfe de Lune sentait la présence du Drow dans son dos et elle n’arrivait toujours pas à trouver l’entrée de la cache. Elle ne fut pas assez vive pour échapper à la poigne qui se referma autour de son cou.

-Ithil ne te protègera pas là où je t’emmène

Elle sentit ses pieds quitter le sol, alors que la main de l’elfe noir se resserrait. Le souffle commençait à lui manquer et une larme glissa involontairement le long de sa joue. Elënna plaqua vivement ses mains sur celle du Drow, tentant vainement de se défaire de sa poigne.

Il l’a relâcha soudainement, en soupirant. L’elfe argentée s’effondra au sol, en toussant. Elle leva des yeux larmoyants sur l’elfe. Elle voyait bien les frissons qui parcouraient sa peau foncée. Le froid l’affectait plus qu’il ne semblait le laisser paraître. Mais c’était des signes qu’elle avait vus souvent chez les siens.

Elle sentit l’homme se placer derrière elle, la pointe de son sabre dans son dos. Elle se releva difficilement, les jambes faibles d’avoir couru, faible d’avoir utilisé trop de magie.

- Je ne te ferais pas de mal, alors avance. En revanche, essaye à nouveau de fuir et j’ôte quelques-uns de tes jolis ongles.

Elle sentit la lame qui pressait un peu plus dans son dos, juste sous son sac de voyage. Il l’a pressait en direction de la sortie.

Affaiblit, elle n’osa pas riposter. Sa voix avait du mal à passer sa gorge endolorie, elle murmura :

-J’aurais dû essayer de te geler les jambes plutôt…

Ils prirent la direction des Sentiers Éternels. La jeune elfe jeta un dernier regard vers la cité morte qui commençait à se recouvrir de neige.

-Si je n’avais pas combattu cette maudite Vouivre hier…

C’était des marmonnements qui s’adressaient plus à elle-même, même si elle savait que le Drow pouvait entendre tout ce qu’elle disait. Elle se maudissait de ne pas avoir été plus prudente. Voilà qu’elle se retrouvait dans une autre situation compromettante. Elle devait penser à un moyen d’échapper à l’elfe noir, mais elle ne voyait pas de solution immédiate. Elle se sentit épuisée, vidée et le froid qui descendait de la montagne lui donnait de plus en plus de mal. Elle sentait sa peau devenir de plus en plus glacial et ses lèvres gerçaient, tout en prenant une teinte d’un rouge vif.

-Tu as froid, toi aussi... Je le sais.

Ce n'était pas pour être insolente ou pour faire la conversation, mais elle voulait montrer au Drow qu'elle connaissait sa faiblesse temporaire.

Elle jeta un œil en direction du vide à sa gauche. Non, c’était une très mauvaise idée. Elle ne réussirait jamais à descendre de là en un seul morceau.

Après plusieurs minutes de marche, quelques nuages se déchirèrent, laissant passer un fin rayon de lune qui vient frapper l’elfe argentée. C’était étrange comme elle sentait la lumière qui se déversait sur ses épaules, comme l’aurait fait la chaleur du soleil sur sa peau. Elle se sentait apaisée et l’étoile sur sa poitrine scintillait doucement, laissant des éclats brillants sur la neige vierge. Elle sentait que sa déesse l’a protégerait.

Un fort tremblement l’a parcouru soudainement. Ses jambes cédèrent sous son poids et elle s’effondra dans la poudreuse. La vague de froid l’a submergea et elle se mit à voir noir. Elle allait s’évanouir. Elënna tenta de reprendre conscience…

En vain.

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Rána E'Lira
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Mer 24 Fév - 15:12

Comme à chaque fois qu’il se voyait contraint à l’attente, Rána s’était posé dans un coin du campement, les yeux rivés vers le ciel grisonnant. Cet air contemplatif pouvait donner à croire qu’il méditait paisiblement, sauf que le Drow n’avait jamais eu aucun goût pour la spiritualité quelle qu’elle soit. Rien d’étonnant pour un guerrier dont la devise préférée se résumait à « on tape et on discute après ».

Pourtant, malgré son air posé, l’esprit de Rána calculait à toute allure. Ses récentes excursions à la surface d’Asha n’avaient fait qu’exacerber son goût pour la conquête de la Forêt. Or, il savait que s’il s’aventurait un peu plus encore sur le terrain glissant de la stratégie militaire, il finirait par s’opposer ouvertement à Bleidd. L’un deux devrait peut-être mourir pour laisser définitivement le champ libre à l’autre. Rána hésitait encore. Et cette hésitation, il la maudissait ; elle le rendait faible, là où il aurait dû se montrer impitoyable. Après tout, Rána n’avait jamais été un parangon de magnanimité.  

Un mouvement attira l’attention du Drow, qui reporta son regard blasé vers les Elfes noirs qui l’accompagnaient. L’un d’entre eux, Wode, le plus silencieux et le plus âgé du groupe, aiguisait ses armes d’un air maussade. Rána l’appréciait pour ses talents de combattant, vif et agile, mais surtout pour son caractère discret. Wode parlait peu mais chacune de ses paroles véhiculait l’essentiel. Un énorme contraste avec le commandant des Maraudeurs, réputé pour parler toujours à tors et à travers. Les mauvaises langues disaient que Wode était l’auditoire de Rána.

Debout de l’autre côté, le jeune Daelein tenait une conversation animée avec son cousin, Rhaegnar, assis à même le sol, sur le secret du lancer de poignard. Bien entendu, ils ne pouvaient s’empêcher de faire les pitres, ce que Daelein prouva très vite en lançant son couteau entre les jambes de Rhaegnar. Ce dernier, surpris, baissa les yeux pour vérifier que son entrejambe avait bel et bien échappé à l’attaque soudaine. Une fois rassuré sur le symbole intact de sa virilité, il découvrit sous l’arme le cadavre d’un mille-pattes. Daelein s’amusa de l’expression éberluée de son cousin.

Rána leva un sourcil, ce qui exprimait chez lui l’exaspération. Malheureusement, avec le terrible duo, en emmener un en mission revenait à s’encombrer de l’autre. Il fallait bien admettre qu’ils faisaient l’animation, mais c’était sans compter sur leur tempérament bouillant qui pouvait dégénérer facilement en bagarre. Sur le champ de bataille, mieux valait ne pas avoir affaire à eux.

« Nym est parti depuis longtemps », lança soudainement Wode dans un murmure.

Il n’eut même pas besoin d’élever la voix. Comme toujours, dès qu’il prenait la parole, tous l’écoutaient, Rána y compris. Le Commandant des Maraudeurs songea à  sa jeune recrue, parti en effet depuis un petit moment. Ce n’était guère bon signe.

« Qui ? », plaisanta Daelein en jouant avec son poignard, ce qui lui valut un regard consterné de Wode et un coup d’œil amusé de Rhaegnar.

Rána se leva doucement, faisant rouler les muscles de ses épaules. Automatiquement, les regards convergèrent vers lui et il le savait fort bien, jouant de son statut pour imposer le silence. Il n’ignorait pas ce que l’on murmurait à son sujet à Har’oloth : qu’il ne prenait pas assez ses responsabilités. Il y avait du vrai, il l’admettait lui-même, mais le Drow n’avait de compte à rendre à personne, aussi afficha t-il son indifférence légendaire tel un étendard brandi à la vue de tous.  

Pourtant l’inquiétude rongeait le guerrier Drow. Rien à voir avec Nym, bien entendu. Il ne fallait pas exagérer non plus. Non, son angoisse venait d’ailleurs : et si avoir laissé en vie les deux Darthiir le condamnait aux yeux de Lloth ? Qu’adviendrait-il de lui ? Il jetterait l’opprobre sur toute la famille Daevon E’Lira et l’on maudirait son nom pour les siècles à venir et bien plus encore. Il fallait voir comment avait fini la famille Olonrae. Non, il ne souhaitait pas entrer dans l’histoire d’une manière aussi tragique. Rána n’aimait pas les drames. De toute façon, Rána n’aimait pas les pleurs et autres formes de lamentations. En fait, Rána n’aimait pas grand-chose et c’est pour cela que peu de personnes aimaient Rána.

En conclusion : la prochaine fois qu’il tombait sur un Elfe de la surface, il le tuerait sans aucune forme de pitié.

Le Drow fut tiré de ses pensées par un mouvement brusque de Wode.

« Quelque chose approche, dit-il, le regard rivé vers les Sentiers éternels. Le pas est léger, je dirais qu’il s’agit d’un Elfe… Mais, il semble ralenti… Blessé peut-être. »

Rána reporta ses yeux améthyste dans la direction indiquée. Il entendait lui aussi des bruits de pas très légers, mais il n’avait pas l’ouïe aussi fine que Wode. Daelein et Rhaegnar, quant à eux, ne semblaient pas percevoir grand-chose, mais cela n’étonnait pas le commandant.

« Dégainez vos armes », ordonna t-il.

Le chuintement des lames retentit, avant qu’un silence de plomb ne s’abatte sur le camp. En quelques secondes, les Drows s’étaient camouflés dans l’environnement, dans l’attente du combat à venir.

Dissimulé derrière un rocher, Rána communiquait par le langage des signes avec Wode. Ce dernier venait de l’informer que la cible approchait. Le commandant lui ordonna de se rapprocher furtivement du sentier.

Rána coula un regard vers la silhouette qui avançait, portant quelque chose sur son épaule. Elle semblait en effet ralentie, non pas ce qu’elle transportait, mais plutôt par une blessure.

Soudain, la forme s’arrêta, portant la main à son sabre.  

Rána vit Wode se redresser et sortir de sa cachette, visiblement prêt à dire quelque chose, lorsque Daelein se rua, dague en main, vers la cible tout en beuglant.

« Imbécile ! C’est moi ! », s’exclama alors une voix que le commandant reconnut comme étant celle de Nym.

Daelein s’arrêta net, sous le rire de Rhaegnar qui en profita pour noter que son cousin n’avait pas été le plus gâté intellectuellement parlant dans la famille.

Rána n’écouta guère les menaces de Daelein, préférant s’avancer vers Nym. Celui-ci s’approcha également, un corps féminin jeté négligemment sur son épaule. Très vite, le commandant s’aperçut que le jeune Drow grelottait, visiblement transi par le froid.

« Que s’est-il passé ? », demanda t-il d’une voix impérieuse, tandis qu’ils rejoignaient le camp.

Nym posa son « colis » sur le sol.

« La garce manipule l’eau ! Cracha t-il en désignant l’Elfe étendu près du feu. Elle m’a jeté des sorts ! Ha ! Elle a cru que cela suffirait à me vaincre, mais je lui ai prouvé le contraire ! Cela ne l’a pas empêché de fanfaronner pendant le trajet, comme quoi elle aurait combattu une vouivre, la veille, et que sans cela elle m’aurait sans doute échappé. Foutaises, oui ! »

Le sang de Rána se glaça soudainement dans ses veines. L’eau, la vouivre… Tout cela évoquait des souvenirs trop récents pour qu’il les ait oubliés. Il se retint de jeter un œil au « butin » de Nym, qui, lui, semblait rayonner de fierté.

« C’est une Elfe de la lune, Commandant, on va pouvoir en tirer un bon prix ! », s’exclama t-il, le torse bombé.

Rána ne put alors s’empêcher de tourner la tête vers la silhouette étendue, dont la chevelure argentée masquait le visage. Une impression de déjà-vu le frappa de plein fouet, tandis qu’un mauvais pressentiment l’assaillait.

Daelein, qui avait fini de se disputer avec son cousin, s’approcha pour soulever un pan des vêtements de la demoiselle, avant de reculer, l’œil appréciateur.

« Les marchands d’Ul-Ilindith vont se battre pour l’obtenir ! Bonne pioche, Nym ! »

« Personnellement, j’aurais préféré que tu nous ramène des gemmes et des artefacts », souleva Rhaegnar, un brin dépité.

« C’est tout toi, ça ! Jamais satisfait ! Nym t’aurait rapporté un coffre entier de pierres précieuses que tu aurais exigé une femme ! »

« Une femme en joyaux aurait été un bon compromis »

« Taisez-vous ! », lança Wode, avant de se tourner vers Rána. « Commandant, elle se réveille. »

En effet, l’Elfe bougea légèrement, ses cheveux glissant le long de son visage pour enfin dévoiler ses traits.

Rána eut peine à ne pas écarquiller les yeux en reconnaissant la darthiir. Il se pinça l’arrête du nez, contrarié que leurs chemins se croisent à nouveau. Etait-ce un signe de Lloth ? Devait-il se racheter auprès de la Reine Araignée en capturant l’Elfe argentée pour la livrer aux Prêtresses ?

Tout se bousculait dans sa tête. Et pourtant, elle se trouvait là et il devait prendre une décision. En sachant que ses hommes étaient présents eux aussi et qu’ils seraient moins tolérants qu’il ne l’avait été.

Le Drow se fit la réflexion que cette Elfe était décidément un vrai boulet. Combien de chances avait-elle de tomber sur Nym ? Vu le combat qu’ils avaient mené contre la vouivre, n’aurait-elle pas dû fuir ces terres comme elle l’avait justement prévu ?

Rána espérait qu’elle aurait la langue moins pendue, auquel cas il devrait trouver un moyen de la faire taire. Il était hors de question qu’elle révèle qu’ils s’étaient déjà rencontré… et surtout qu’il l’avait épargné, elle et Helende Idilys’naïa.

« Laissez-nous, je veux lui parler », lança t-il sèchement.

Wode se contenta de s’éclipser sans un mot, Nym le suivit, non sans masquer sa déception quant aux louanges qu’il espérait et qu’il n’avait pas encore reçu. Rhaegnar coula un œil interrogateur vers son commandant et Daelein ne put s’empêcher de glisser un commentaire salace.

Une fois seul avec l’Elfe et certain que ses compagnons se trouvaient assez loin, Rána s’approcha jusqu’à se trouver juste devant elle. Il la regarda de haut, ne sachant comment gérer cet imprévu. Ses yeux améthystes devaient trahir toutes ses interrogations, il le savait. Seulement, il voulait bien l'admettre : là, il était totalement pris au dépourvu.

« Cesse de dormir. Que fais-tu encore ici ? » Demanda t-il sans préambules.

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Elënna O'ronrà
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Mar 1 Mar - 18:30

- Taisez-vous ! Commandant, elle se réveille.

Le sol était dur et froid sous l’Elfe de Lune. Les sons semblaient lui parvenir de très loin et elle ne comprenait qu’un mot sur deux. Sa tête l’élançait horriblement. Elle bougea difficilement, ses muscles encore endoloris.

-Laissez-nous, je veux lui parler

Cette voix lui disait vaguement quelque chose. Elle tenta de se remémorer quoi, mais une douleur à la tempe l’a coupa dans ses réflexions. La jeune elfe resta sans bouger pendant les échanges qui suivirent. De toute façon, elle arrivait à peine à bouger le petit doigt.

-Cesse de dormir. Que fais-tu encore ici ?  

Cette fois-ci, les paroles se rendirent jusqu’à sa mémoire. Le Drow du Marais de l’Oubli.

Elle réussit à ouvrir les yeux, tout en inspirant profondément. Elënna se redressa en position assise à l’aide de ses mains tremblantes, tout en fixant du regard l’Elfe noir qui l’a surplombait. Ses yeux, violets comme des améthystes, trahissaient sa surprise. Elle se devait de réfléchir rapidement. Elle était rusée, mais il fallait avouer qu’elle était prise dans un filet plus solide qu’elle ne l’aurait voulu.

-Je préférerais être n’importe où ailleurs qu’ici, Rána E’Lira…

L’elfe d’argent avait une excellente mémoire des noms, avoir enseigné à des jeunes elfes pendant des années aidait probablement.

Elle repoussa les mèches qui lui chatouillaient le visage. Elle se sentait intimidé par le Drow qui lui faisait face, mais elle tentait de ne pas le laisser paraitre. Qu’elles étaient les chances pour qu’elle retombe sur lui en seulement quelques jours? Pour que l’elfe noir qu’elle avait rencontré dans les ruines le connaisse?

Elle commençait à douter de sa bonne étoile. D’ailleurs son sac avait disparu. Il devait être en possession de l’Elfe Noir qui l’avait capturé. Son contenu ne l’importait peu, il n’y avait que les deux objets appartenant à ses parents qui avaient une réelle valeur à ses yeux…  

Elënna avait rapidement compris que ce Drow en particulier, n’avait pas beaucoup de patience.
Elle avait pu le remarquer dans les Marais. Alors, elle savait que sa réponse ne le satisferait pas.

Son regard dériva en direction des ruines de la Cité Lunaire. On ne pouvait pas vraiment les apercevoir d’ici, dû à la neige, mais la jeune elfe savait d’instinct leur emplacement approximatif.

Elle murmura, plus pour elle-même, malgré le fait que l’elfe noir pouvait absolument tout entendre :

-Je devais voir… par moi-même.

L’Elfe de Lune sortit de sa mélancolie passagère et se releva difficilement, tout en ne lâchant pas le Drow des yeux. Une fois debout, elle croisa ses bras autour de sa taille, geste instinctif pour se protéger. Elle jeta rapidement un coup d’œil en direction des autres Drows qu’on apercevait au loin, trop éloigné par contre pour qu’ils puissent entendre leur conversation. Son regard opalescent retourna se poser sur l’Elfe Noir.

Elënna ne put empêcher un léger sourire de se former sur ses lèvres rougies par le froid. Elle venait peut-être de trouver une échappatoire. Pas dans immédiat, mais c’était mieux que rien.

-Je n’ai qu’une seule chose à dire. N’oublies pas que tu as une dette envers moi. J’aurais pu te laisser te noyer... D’après ce que j’ai compris de ta Déesse, elle mettra tout en œuvre pour que tu l’a rembourse…

Le monde se mit à tanguer sous ses pieds et sa vision était redevenue flou. Se tenir debout n’était peut-être pas la meilleure des idées. Ses jambes lâchèrent à nouveau sous son poids et elle se retrouva à genoux devant le Drow. Elle se sentait humilié de sa propre faiblesse.
Malgré toute la volonté de son esprit, son corps n’arrivait pas toujours pas à suivre. Et l’altitude de la montagne n’était pas pour l’aider.

Le souffle court, elle leva la tête pour fixer les yeux d’améthyste qui l’a surplombait. Peu importe ce qui lui arriverait, elle ne se laisserait pas briser.

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Rána E'Lira
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Mer 2 Mar - 21:50

« Je préférerais être n’importe où ailleurs qu’ici, Rána E’Lira… »

Rána ne s’attendait pas à entendre son nom prononcé par une Elfe de la surface, ce qui le déstabilisa une fraction de secondes et l’incita automatiquement à la méfiance. Il se rappela alors qu’il l’avait lui-même révélé lorsqu’il s’était mis en tête de narguer Helende Idilys’naïa. Une sottise, diraient certains. Le Drow commençait à se dire que les « certains » en question n’avaient pas tort. Il fallait toujours qu’il parle trop, qu’il use de ses sarcasmes, quitte à ce que cela lui porte préjudice par la suite. Il ne le savait que trop bien, mais recommençait sans arrêt. A croire que c’était inscrit dans ses gênes.

Quoiqu’il en soit, cette Elfe avait bonne mémoire, il se devait de le garder à l’esprit.
Cela dit, elle ne lui avait toujours pas répondu, raison pour laquelle le commandant des Maraudeurs continua à la fixer impérieusement avec le regard de celui qui voit se présenter une nuisance potentielle. Et qui chercherait le meilleur moyen de l’éliminer…  
La magicienne affirmait vouloir se trouver ailleurs et, en cela, il voulait bien la croire. La lucidité, c’était une qualité.

Le Drow vit le regard de sa prisonnière se perdre au loin. Elle semblait chercher quelque chose, mais il n’y avait rien d’autre que le manteau blanc de la neige recouvrant les contrées du Nord et son vent glacé qui ne cessait de les poursuivre sur ses terres.

«  Je devais voir… par moi-même. »

Bien que les paroles aient été prononcées faiblement, le Maraudeur glissa un regard vers la magicienne. Il n’eut aucun mal à faire le lien avec la cité des Anciens. C’est là-bas que Nym l’avait trouvé. Cependant, Rána peinait à comprendre ce qui avait pu pousser cette Elfe à se rendre sur les lieux de la défaite des siens. Il eut un instant de compassion –soit une poignée de secondes- pour elle. Non pas pour la perte de son peuple et certainement de proches, mais parce que le Drow considérait qu’il devait être rude d’appartenir à une nation si faible. Le destin de cette femme aurait été bien différent si elle était née parmi les Elfes noirs. Toutefois, malgré son orgueil de Drow, Rána se demandait s’il valait réellement mieux naître pour passer une vie entière sous terre, alors que la surface regorgeait de richesses. La magicienne avait dû voir tant de belles choses jusqu’ici, bien plus que lui.

Elle fit mine de bouger, ce qui ne fit pas même sourciller le Drow. Non pas qu’il la sous-estime, il avait vu de quoi elle était capable face à la vouivre et Nym semblait avoir rencontré quelques difficultés également pour la capturer. Cependant, vu son état, elle lui paraissait trop affaiblie pour jeter le moindre sort.

Elle eut le cran de le regarder de face, droit dans les yeux, tout en se remettant debout. Pire même ; un sourire se dessina sur ses lèvres. Sa situation ne prêtait pourtant pas à rire ou alors Rána avait loupé un épisode.

« Je n’ai qu’une seule chose à dire. N’oublies pas que tu as une dette envers moi. J’aurais pu te laisser te noyer... D’après ce que j’ai compris de ta Déesse, elle mettra tout en œuvre pour que tu la rembourse… »

Etonnante femme. C’est ce qui traversa l’esprit de Rána. Le Drow se surprit même à sourire. Elle venait d’être capturée par des guerriers d’un peuple responsable de la mort de ses semblables, ses forces l’abandonnaient au moment où elle en aurait le plus besoin, mais elle tentait tout de même de négocier avec lui.

Comme une fatalité, ses jambes se dérobèrent et elle s’effondra devant le Maraudeur. Il put lire sur son visage son humiliation, mais ne s’en émeut pas pour autant. La faiblesse laissait de marbre tout Elfe noir ; elle avait plutôt tendance à exacerber leur cruauté.
L’expression joueuse, le Drow s’accroupit pour se retrouver à la hauteur de l’Elfe argentée. Il put lire dans son regard une certaine détermination, mais il ne savait que trop bien que toute sa volonté ne suffirait pas à la préserver du monde si différent des souterrains.

« Tu me parles comme à un homme d’honneur. Laisse-moi t’apprendre une chose, femme : les Drows n’ont aucun honneur. Tu n’aurais pas pu me laisser me noyer ; tu aurais . »

Il observa un instant de silence pour guetter sa réaction. Un sourire malicieux vint briser la rigidité de ses traits.

« Néanmoins, tu as raison sur un point : Lloth doit être fâchée. Et contrarier la Déesse Araignée est une très mauvaise idée, je te l’accorde aussi. »

Le guerrier Drow se redressa soudainement en entendant approcher Wode. Il ne restait plus qu’à espérer que la magicienne tienne sa langue devant ses hommes. Rána se méfiait d’elle, mais d’un autre côté, il était certain qu’elle veillerait à ne rien faire qui puisse l’entraîner directement dans les bras de la Mort.

Si elle menaçait de parler, il n’aurait qu’à lui trancher la langue lui-même. Ce serait fort dommage, cela dit. Elle se vendrait moins bien sur les marchés d’Ul-Ilindith, d’autant plus que mutiler un si joli visage serait vraiment regrettable.

Comme toujours, Rána préféra laisser les choses telles qu’elles étaient pour l’instant, avant d’aviser par la suite. C’est ce qui le rendait si imprévisible.

Le Drow se tourna vers Wode, le visage impassible.

« Commandant, nous attendons vos ordres pour lever le camp. Nym semble aller mieux. »

Rána comprit fort bien le message sous-jacent. Ses hommes devaient avoir perçu des mouvements ennemis aux alentours. Il valait mieux regagner les souterrains de la Montagne avant que des darthiirs ou la lumière du jour ne les surprenne en chemin.  

« Parfait. Faites disparaître les traces de notre passage, puis mettons-nous en route. »

Wode hocha la tête, avant de couler un regard en direction de l’Elfe de la lune.

« Que comptez-vous faire d’elle ? »

Judicieuse question, mais non prioritaire. Du moins, pas pour Rána. Il hésita à répondre, mais il ne résista pas longtemps à profiter de la situation pour s’amuser un peu :

« Je viens de me souvenir à quel point Lloth tenait à ce que chaque dette soit justement payée. Si je lui offre un sacrifice digne de ce nom, je suis sûr de la contenter. »

Ces mots prononcés, il se tourna pour adresser un coup d’œil goguenard en direction de la magicienne, dont il saisit le bras. Il la força à se relever plus qu’il ne l’aida. Il garda un moment sa main refermée sur elle pour s’assurer qu’elle tenait debout.

« Tu penses pouvoir marcher ou faudra t-il que je te porte ? », demanda t-il non sans ironie, tandis que, derrière lui, les derniers préparatifs avant le départ s’achevaient.

Dans quelques instants, il ne resterait plus la moindre trace de leur passage. Ou du moins, des traces bien dissimulées…

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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Ven 18 Mar - 2:10

« Tu me parles comme à un homme d’honneur. Laisse-moi t’apprendre une chose, femme : les Drows n’ont aucun honneur. Tu n’aurais pas pu me laisser me noyer ; tu aurais dû. »

Son regard améthyste s’était posé sur les yeux opalescents de la jeune elfe, semblant guetter sa réaction, un sourire malicieux poser sur ses lèvres.

Elënna ne peut s’empêcher de grimacer intérieurement. Elle avait joué sa dernière carte et celle-ci se retournait contre elle.

« Néanmoins, tu as raison sur un point : Lloth doit être fâchée. Et contrarier la Déesse Araignée est une très mauvaise idée, je te l’accorde aussi. »

Elle avait profondément envie de lui rétorquer une remarque acerbe, mais l’un de ses hommes revient vers les deux elfes, l’a coupant dans son élan.

La nuit était clairement tombée sur les montagnes et le temps froid arrivait à se frayer un chemin entre les différentes couches de vêtements de la jeune elfe.

« Commandant, nous attendons vos ordres pour lever le camp. Nym semble aller mieux. »

« Parfait. Faites disparaître les traces de notre passage, puis mettons-nous en route. »

L’elfe d’argent perçu le regard du Drow sur elle et  le soutient momentanément.  

« Que comptez-vous faire d’elle ? »

« Je viens de me souvenir à quel point Lloth tenait à ce que chaque dette soit justement payée. Si je lui offre un sacrifice digne de ce nom, je suis sûr de la contenter. »

Elle fixa l’elfe noir, surprise. Il n’était pas question pour elle de terminer en sacrifice. Il lui saisit fortement le bras et elle retient une grimace de douleur. Il était bien plus fort qu’elle. Il l’a força à se relever, tout en maintenant sa poigne.

« Tu penses pouvoir marcher ou faudra-t-il que je te porte ? »

Elle percevait le sarcasme dans sa voix. Elle détourna la tête, tout en tentant de se délivrer. Elle provenait d’un peuple fier, elle ne se laisserait pas abaisser de la sorte.  

Elënna se dégagea brusquement, croisa les bras sur sa poitrine et répondit sèchement :

«Je peux très bien marcher toute seule…»

Comme si elle avait besoin d'aide, surtout provenant d'un Drow. Elle avait rapidement compris qu'il cherchait à l'a nuire et que ce n'était pas pour être aimable qu'il avait dit une telle chose. Elle savait aussi qu’elle devait faire attention au ton qu’elle employait, sinon, elle en perdrait sa langue…

Ils se mirent rapidement en route. Un coup d’œil vers l’arrière et elle remarqua que toutes traces avaient été effacées et au vue de la force du vent, les empreintes qu’ils laisseraient dans la neige seraient rapidement balayer.

Elle marchait légèrement en retrait de Rána. Les Drows s’étaient placés stratégiquement autour d’elle et l’elfe de Lune ne voyait pas d’échappatoire. Elle avait dû se placer tout près de la paroi rocheuse, impossible de s’approcher du bord abrupte. Elle jetait fréquemment des coups d’œil, tout autour, inspectant les elfes noirs sans qu’ils ne le remarquent. Elle marchait en silence, en respirant profondément.

Il était plutôt difficile de méditer en se déplaçant, mais elle devait refaire son énergie au plus vite. Elle ne pouvait ni se reposer, ni manger. La jeune elfe se buta soudainement sur une congère, un peu plus gelée que les autres. Sa vue dans la presque totale noirceur n’était pas la meilleur. Il lui aurait fallu un rayon de lune pour s’orienter correctement.

Le vent soufflait de plus en plus fort et il semblait de plus en plus froid. Une rafale plus forte hurla aux oreilles de l’elfe d’argent. Mais pendant une seconde, la jeune fille hésita. Elle s’arrêta d’un coup sec, levant la tête vers les cimes et le parapet rocheux qui les surplombait, attentive au moindre bruit. Le vent souffla de plus belle et le hurlement repris, glaçant le sang de l’elfe.Ce n'était pas la première fois qu'elle entendait se son.

Elle souffla, assez fort pour que ceux se trouvant autour d’elle puisse l’entendre :

«Ce n’est pas le vent… »

Son regard se fixa sur une forme sombre qui se précisait au-dessus de leurs têtes. Un fort grognement sortit des babines retroussées de l’imposant animal. Son pelage blanc, couvert de glace se fondait parfaitement dans le paysage montagneux.

Le poil couleur neige était taché de rouge et une épaisse salive mousseuse s’échappait de sa gueule immense.

«Un loup des glaces.»

Elënna savait que ses créatures ne venaient pas seule, la plupart du temps. Elles pouvaient sentir le sang à des lieux à la ronde. Le regard opalescent de l’elfe glissa en direction du Drow qu’elle avait blessé. L’odeur du sang, même séché, avait dû l’attirer.

Décidemment, elle était au comble de la malchance aujourd’hui. Au moins, ce n’était pas un Troll. Quoique ces loups étaient plus intelligents…

Une deuxième et troisième silhouettes canines se placèrent de chaque côté de la première.
Ils hurlèrent fortement, avant de sauter de leur promontoire pour donner l’assaut.

Elle marmonna :

«Qu’es-je fait pour autant de malchance?»

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Rána E'Lira
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Jeu 24 Mar - 21:42

«Je peux très bien marcher toute seule…», dit l’elfe de la lune après s’être violemment dégagée de la poigne de Rána.

« Si tu le dis », répondit-il, dubitatif et goguenard.

Qu’à cela ne tienne, le drow n’insista pas. Il se mit en marche en silence, son sang bouillant dans ses veines. Il n’avait tout de même pas de chance. Quelles probabilités pour qu’une elfe qu’il avait laissé en vie croise à nouveau sa route ? Quel mensonge pourrait-il bien inventer si jamais la vérité se dévoilait ? Pour l’heure, son cerveau refusait tout bonnement de fonctionner correctement. Il demeurait perplexe, chose assez incroyable pour quelqu’un qui ne s’étonnait plus de rien.

Ils longèrent une paroi rocheuse, se dirigeant vers les Monts d’Obsidienne. Leur silhouette sinistre se découpait dans la nuit à la façon d’une tâche d’encre bien visible. Enfin… pas visible pour tout le monde à en juger par le bruit étouffé qui parvint aux oreilles de Rána. Il se retourna à demi pour voir l’elfe de la lune se remettre en place. Un grognement avait jailli de la gorge de Nym, dans lequel la magicienne avait visiblement foncé. Il semblait toujours glacé jusqu’aux os, ce qui intrigua le commandant des Maraudeurs. De quel sort avait bien pu user cette petite souris pour provoquer un tel état chez un guerrier drow ? Rána savait qu’elle manipulait l’élément aquatique, mais jamais il ne s’était douté qu’elle pourrait donner du fil à retordre à Nym.

La procession poursuivit sa route, toujours dans un silence de cathédrale. Il valait mieux rester le plus discret possible. Chaque fois que les drows cherchaient à communiquer, ils usaient du langage des signes des elfes noirs, excluant par cela même de leur conversation silencieuse la jeteuse de sorts.

Rána, en tête de la marche, s’apprêtait à jeter un œil à cette dernière pour s’assurer qu’elle ne tentait rien d’idiot, lorsqu’un hurlement lui fit stopper tout mouvement. Il adressa un signe de la main à ses coéquipiers, lesquels portèrent instinctivement leur main à leurs armes respectives.

«Ce n’est pas le vent…

La voix de l’elfe fit presque sursauter le drow, tant il s’était accoutumé au silence. Wode commençait à déteindre sur lui…

Aussitôt la mise en garde lancée, ses yeux se braquèrent sur la forme qu’il distinguait au-dessus de leur tête, une silhouette animale au pelage clair. Le guerrier retint un juron, se demandant quelle était cette nouvelle bizarrerie de la surface. En tout cas, elle ne semblait pas dans de bonnes dispositions à leur égard.

«Un loup des glaces.», ajouta l’elfe de la lune, répondant ainsi à son interrogation muette.

D’autres silhouettes apparurent, prêtes à encercler la petite troupe. Il ne manquait plus que ça !

«Qu’ais-je fait pour avoir autant de malchance? »

Rána retint une remarque acerbe. Lui aussi se posait justement la question !
Il héla ses compagnons, tout en dégainant ses fameuses dagues crantées enduites de poison :

« Nym, occupe-toi d’elle ! Wode et Daelein, couvrez Nym, défendez sur les côtés. Rhaegnar, avec moi ! On va manger du chien dans pas longtemps, mes frères ! »

Un sourire étira le bas de son visage de façon simiesque et ses compagnons répondirent à l’appel avec la même avidité. Rána savait ce qu’il se passait sous l’épiderme de ses camarades. Le sang ne faisait qu’un tour dans ses veines, l’adrénaline du feu de l’action les emportait dans une transe guerrière. Les drows mâles ne vivaient que pour cet instant précis, ce moment sur le fil où la vie et la mort se confondent. Ils n’attendaient que ce tracé parfait qui ferait d’eux les vainqueurs, jusqu’au prochain combat.

Rána s’élança vers le premier loup qui avait sauté vers eux, les pattes en avant, la gueule béante dévoilant d’impressionnants crocs. Il savait que Rhaegnar le talonnait, mais il ne comptait pas lui laisser une victoire facile. Son bras se délia dans un mouvement quasiment mécanique et la machine s’activa instantanément. Chaque geste était millimétré, car les techniques de Rána avaient été répétées encore et encore jusqu’à atteindre la perfection. C’était là sa plus grande faiblesse ; ceux qui connaissaient bien ses attaques et parades pouvaient trouver des failles à exploiter. Mais il doutait que ce loup là l’ait déjà vu combattre, aussi enchaîna t-il les mouvements à la manière d’un danseur de sabres.

La mâchoire du loup se referma soudainement sur la lame, tandis que la créature bougeait la tête dans tous les sens, décidée à lui arracher l’arme ou le bras avec. Sa force était impressionnante, mais le drow ne céda pas. Il planta la pointe de son autre dague dans la gorge du loup, faisant jaillir sur son pelage blanc un flot rouge.
Un deuxième coup vint achever la bête, mais ce ne fut pas du fait de Rána. Ce dernier vit Rhaegnar surgir comme un diable, récupérant le poignard lancé en pleine tête de l’adversaire.

« Ce n’était pas nécessaire », soupira le commandant.

L’autre se contenta d’hausser les épaules, au plus grand agacement de Rána.

« Tu sais comme moi qu’il vaut toujours mieux s’assurer avoir achevé la cible », l’entendit-il répliquer.  

« Si un jour je te tue, je m’en souviendrais », lança Rána avec un sourire chargé de malice, auquel Rhaegnar répondit par un éclat de rire nerveux.

Oui, dans la société drow, on n’était jamais certain que les amis d’un jour ne deviennent pas les ennemis du lendemain. La simple boutade pouvait vite devenir une menace.

Mais l’heure n’était pas à ce genre de subtilités malsaines, Rána s’en rendit vite compte lorsqu’il vit deux loups s’approcher de Nym et de l’elfe de la lune. Nym réagit instantanément, projetant la magicienne sur le côté. Il se plaça devant, sabre en main, tandis que Daelein venait à la rescousse, se chargeant à lui seul du premier loup. Wode quant à lui avait trouvé un moyen d’éloigner les autres bêtes en promenant sous leurs yeux la tête décapitée de l’un des leurs. L’effet fut immédiat.

Rána jugea que ses compagnons s’en sortaient bien seuls, mais Nym le préoccupait. Ses gestes se faisaient moins fluides que de coutume et pour cause ; il était blessé.
Le loup en profita pour tenter de l’assaillir, passant d’un côté puis de l’autre, le corps toujours en mouvement. Rána se doutait qu’il cherchait à fausser les perceptions du drow, l’empêchant de savoir exactement d’où viendrait l’attaque. De plus, il lorgnait sur l’elfe de la lune, sentant très certainement que le drow faisait rempart entre elle et lui.
Rána admira le sursaut de bonne volonté de Nym.

Difficile de juger vers qui aller tourner l’avantage. Le jeune drow s’en sortait bien, concentré comme il était. Néanmoins, la férocité du loup décuplait son courage. Ce n’est qu’à un instant fugace que Rána sentit du changement chez la bête. Comme si elle avait été déstabilisée par quelque chose que le drow ne vit pas, car il était en train d’observer les déplacements de sa recrue.

Rána profita alors de la diversion pour entrer dans la danse, ses dagues se mettant en mouvement avec un rythme calculé. Le loup se retrouvé acculé entre le chef de l’expédition et Nym. Ce fut ce dernier qui porta le coup de grâce, bien décidé à prouver qu’il était encore efficace, malgré sa blessure.

Daelein quant à lui avait réussi à se défaire de son adversaire et c’est d’un pas léger que Rána le vit les rejoindre.

« Sacré combat ! Dommage qu’on n’ait pas de bestioles dans ce genre dans les souterrains ! Ça nous changerait des faces pourries des Gobelins ! »

Un regard consterné collectif lui répondit. Daelein rejoignit donc l’elfe de la lune, ce qui ne présageait rien de bon aux yeux de Rána. Moins on lui posait de questions, mieux ce serait.

Le drow se crispa, gardant un œil sur les deux elfes, tandis que Daelein inspectait la magicienne.

« Même pas une égratignure, juste la joue sale ! » Lança t-il, fier de sa remarque. « Pas trop traumatisée, petite ? Au fait c’est quoi ton nom ? »

Rána soupira pour la énième fois, convaincu que c’était bien le dernier moment envisageable pour faire des présentations.

Le commandant fit signe à la « joyeuse clique » de se remettre en route sans tarder.  Il espérait arriver à l’entrée des souterrains avant le lever du soleil, ce qui n’arriverait jamais si Daelein continuait à poser des questions. Malheureusement, le gai luron semblait bien parti. Même en marchant, il continuait à harceler la jeune elfe avec ses interrogations existentielles.

« Alors, tu as bien un nom ? »

« Daelein… », le prévint Rána.

« J’essaye d’être civilisé. Allez, c’est juste un nom. Ça nous permettra de nous sociabiliser un peu, pas vrai ? »

Il ne manquait plus que ça ! Pensa Rána, alors qu’ils cheminaient le long d’un sentier accidenté.

N’y tenant plus, le drow se retourna d’un bond. Il attrapa l’elfe par le bras, la faisant avancer vers lui, histoire de mettre de la distance entre elle et l’ingérable Daelein.

« Elle s’appelle Elënna ! Maintenant, tais-toi et avance ! »

Ce n’est qu’après quelques secondes qu’il se rendit compte de sa bévue. Encore une fois, il parlait trop. Cela finirait VRAIMENT par lui porter préjudice s’il n’apprenait pas à se taire de temps à autre, Matrone Opale –sa propre mère- le lui avait souvent répété.
C’est dans un silence interloqué que Rána se remit en marche, gardant ladite Elënna à côté de lui pour éviter une nouvelle bourde provoquée par la curiosité gênante de Daelein. Néanmoins, il entendit les paroles de ce dernier, dans son dos :

« Commandant, comment vous savez qu’elle… Aïe, ma tête ! Rhaegnar, qu’est-ce qu’il te prend ! »

Rána ne se retourna même pas, ses yeux rivés sur le sentier. L’entrée des souterrains ne se trouvait pas bien loin.

Le drow jeta un regard vers le ciel, lui adressant un au revoir silencieux, le cœur lourd à l’idée de regagner les ombres sous la Montagne.

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Elënna O'ronrà
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Jeu 28 Avr - 18:26

« Nym, occupe-toi d’elle ! Wode et Daelein, couvrez Nym, défendez sur les côtés. Rhaegnar, avec moi ! On va manger du chien dans pas longtemps, mes frères ! »

Dans l’obscurité de la nuit, sans l’éclat de la Lune pour l’a guider, l’elfe d’argent se sentait perdue. Elle sentit le Drow, prénommé Nym, qui lui intima de bouger. Instinctivement, ils placèrent la paroi rocheuse dans leurs dos, les rendant ainsi moins vulnérable aux prédateurs.
Elënna ne percevait que les ombres et le grognement des bêtes. Même l’éclat blanc de la neige ne lui permettait pas voir ce qui se déroulait autour d’elle, contrairement aux Elfes noirs qui semblaient des plus à l’aise.

Le bruit des armes transperçant la chair et la fourrure lui rappelèrent les fois où son peuple avaient dû se défendre contre les Loups des Glaces qui semblaient devenir de plus en plus nombreux avec l’arrivée du Mal, dans le Nord. Ils semblaient devenir plus organisés, violents et affamés. D’une certaine façon, c’était une chance qu’ils soient si peu nombreux.  
Elënna entendit Nym jurer, lorsque deux bêtes au pelage blanc s’approchèrent. De la salive jaunâtre et épaisse coulait le long de leurs crocs tâchant la fourrure immaculée. Le Drow poussa soudainement l’elfe lunaire, l’a mettant ainsi hors de portée. Elle tomba sur les côtés, les deux mains dans la neige froide qui lui brûla la peau.

Ses yeux tombèrent dans le regard vif du prédateur. Probablement que sa frêle apparence lui laissait croire qu’elle était moins dangereuse que les mâles qui combattaient les siens. Le loup lâcha l’elfe pour reporter son attention sur Nym qui le défiait. Les mouvements du Drow était lent, plus que lorsqu’il avait attrapé la jeune fille.

Jugeant le moment opportun, alors que la bête tentait de trouver le point faible de l’Elfe noir en ne cessant de se déplacer de gauche à droite, Elënna ralentit sa respiration. Elle devait être rapide pour que le Loup ne puisse esquiver. Les paroles franchirent ses lèvres, se perdant immédiatement dans le vent. Un filament glacé parti de sa main pour se rendre jusqu’à la patte avant de la bête.

Ayant probablement flairé le danger, il avait bougé, mais l’elfe de Lune avait touché sa cible, suffisamment du moins pour le déstabiliser.  La distraction du loup permit à Rána et à Nym de l’encercler. Le plus jeune Drow l’abbatit froidement et la bête mourut dans un glapissement de douleur.

Une prière silencieuse franchit les lèvres de l’elfe d’argent. Les loups des glaces hurlaient souvent à la Lune. Ils étaient des créatures de la nuit et vénéraient la même Déesse que le peuple d’Ithil. .  Ils étaient des animaux et suivaient leurs instincts de chasseur. L’elfe ne pouvait leur en tenir rigueur d’avoir suivi leur nature et de les avoir attaqués. Elënna priait donc pour leurs repos, pour que leurs âmes puissent courir dans les champs glacés de l’autre monde.

Un Drow que la jeune elfe avait seulement brièvement aperçu s’approcha, d’un pas léger, presque joyeux :  

« Sacré combat ! Dommage qu’on n’ait pas de bestioles dans ce genre dans les souterrains ! Ça nous changerait des faces pourries des Gobelins ! »

La langue des Elfes Noirs sonnait étrangement guttural aux oreilles de la magicienne, habitué à la langue commune et aux doux accents chantés du parler des Premiers Elfes.

Le jeune Drow s’approchant de l’elfe lunaire qui s’était remise sur ses pieds. Elle eut un mouvement de recul lorsqu’il posa la main sur sa joue, essuyant une goutte de sang provenant du loup, qui avait dû l’éclabousser sans qu’elle ne s’en rendre compte.

« Même pas une égratignure, juste la joue sale !  Pas trop traumatisée, petite ? Au fait c’est quoi ton nom ? »

Un regard en direction de Rána lui indiqua qu’il était préférable qu’elle se taise. Elle détourna le regard, ignorant complètement l’elfe noir.

‘’Comme si des Loups pouvaient me traumatiser’’ pensa-t-elle. Elle avait vu bien plus d’horreurs provenant du Nord. Les loups étaient seulement le plus intelligent des fléaux que son peuple avait dû affronter pour survivre.  

Ils se remirent rapidement en marche et l’elfe argentée n’eut d’autre choix que de suivre. Mais la suite du voyage ne semblait vouloir se dérouler dans le silence, alors qu’un des Drows ne cessait d’harceler la magicienne de questions.

« Alors, tu as bien un nom ? »

Elle soupira. Il devait se taire ou il attirerait d’autres créatures qui se terraient dans les montagnes. Les Anciens avaient raconté diverses légendes sur ce qui grouillaient dans les Monts et Elënna n’avait aucune envie de les rencontrer.

« Daelein… »

« J’essaye d’être civilisé. Allez, c’est juste un nom. Ça nous permettra de nous sociabiliser un peu, pas vrai ? »

Elle n’éprouvait aucunement l’envie de sociabiliser avec ses ravisseurs. Au moins, elle avait un nom à mettre sur son visage. Elle nota l’information, cela pouvait peut-être lui servir plus tard…

Rána fit un geste qui surprit la magicienne. Il se retourna soudainement et attrapa la jeune fille par le bras pour qu’elle avance plus rapidement. Sa poigne était solide et elle ne réussit pas à s’en défaire.

« Elle s’appelle Elënna ! Maintenant, tais-toi et avance ! »

L’elfe de Lune leva les yeux en direction du Drow qui lui tenait toujours le bras. Un drôle d’expression passa sur son visage, comme un voile, avant de prestement disparaitre, comme si elle n’avait jamais été là.

« Commandant, comment vous savez qu’elle… Aïe, ma tête! Rhaegnar, qu’est-ce qu’il te prend !»

La magicienne se retourna soudainement et répondit à l’interrogation de Daelein :

«Il me l’a demandé lorsque vous vous êtes éloignés… Et non, je n’ai pas envie de socialiser avec des ravisseurs…»

Elle repensa à une phrase que les anciens disaient souvent, en voulant maudire les Drows qui avaient attaqués leurs peuples. Elënna retient un sourire et dit, dans la langue oubliée des Premiers Elfes :

«I'quelin Mori'Quessier naa ba Mori'Quessir.» (Un bon Drow est un Drow mort)

L’elfe de Lune allait reprendre sa marche, toujours entrainé par Rána, mais elle s’arrêta lorsque son regard se posa sur la flaque sombre qui était en train de se former aux pieds de
Nym. L’odeur du sang était forte et une alarme résonna au creux de la jeune fille, réveillant son côté guérisseuse.

Elle leva le regard, fixant le Drow droit dans les yeux. Elle dit, sur un ton plus autoritaire qu’elle ne l’aurait voulu :

«Laisse-moi voir ta blessure.»

Une expression arrogante envahit le visage de l’Elfe noir qui leva le menton en signe de mépris avant de répondre :

«Pourquoi femme? En plus d’être une sorcière, tu serais guérisseuse?»

Un rire parcourut les hommes derrières lui, mais l’Elfe de Lune ne se laissa pas démonté :

«En effet, je suis guérisseuse.»

Normalement, elle était encore en apprentissage, mais elle avait des bases solides. De plus, son contrôle sur l’élément aquatique lui permettait une certaine versatilité et une créativité que ses professeurs n’avaient pu lui enseigner.

Le Drow blessé répliqua :

« Ce n’est qu’une égratignure. Si tu crois que je vais laisser une sorcière me…»

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’Elënna s’était rapproché, le doigt pointé sur la poitrine de l’homme, la colère visible dans ses yeux opalescent et sur ses joues soudainement rouges.

«Dina, Saurar! (Tais-toi, idiot/fou) Tu perdras ta jambe avant le crépuscule si rien n’est fait maintenant!»

Elle s’était exprimé férocement, la mâchoire serrée. Aucun mensonge n’était lisible dans ses yeux. Elle savait ce qu’elle disait.

Plusieurs Drows prirent la parole en même temps, dans leur langue étrange et rêche, mais l’elfe argentée ne tient pas compte. Elle s’était tournée vers la pâle lueur de la Lune qui perçait les nuages de plus en plus fins, après avoir relâché leurs flocons. Il ne faisait pas assez clair dans l’obscurité de la nuit pour qu’Elënna puisse prodiguer ses soins.  

«Ithil, j’ai besoin de ta lumière…»

Comme si la Déesse l’avait entendue, les nuages se dissipèrent un peu plus au niveau de l’astre lumineux et un pan de ciel étoilé apparu.

L’elfe de Lune se retourna en direction des hommes et Nym lui dit, le regard dur :

«Fait ce que tu as à faire, femme.»

Il prit place sur un parapet bas qui dépassait de la paroi rocheuse et la magicienne s’agenouilla dans la neige, près de la jambe blessée. Elle souleva un peu le pantalon raidi par le sang coagulé et déchiré juste au-dessus de la botte.

La lumière argentée qui éclairait la scène dévoila une profonde entaille en partie coagulée. Le sang qui s’échappait par endroit était presque noir et visqueux. Un liquide jaunâtre presque blanc s’écoulait du bas de la blessure. Les veines tout autour étaient bleues presque noirs et dessinaient un patron étriqué sur le mollet. Elle leva les yeux pour rencontrer ceux de Nym.

«Qu’une simple égratignure? Le froid a accéléré l’infection…»

Elënna se parlait plus pour elle-même qu’autre chose.

«Bouillir de l’eau… J’ai besoin de mon sac…»


Elle forma une boule de neige dans sa main qui se mit à léviter à quelques centimètres, alors qu’elle fondait. La sphère, maintenant aqueuse, se mit à frémir, avant de bouillonner. La magicienne était certes, épuisée, mais elle pouvait faire facilement faire une tâche aussi triviale que bouillir de l’eau. En temps normal, elle n’avait pratiquement pas besoin d’y penser.

Conservant la boule bouillonnante dans sa main gauche, elle se retourna en direction de
Daelein qui venait de déposer son sac sur sa droite, le fantôme d’un sourire enjôleur flottant encore sur ses lèvres. Il ne semblait s’être démonté des paroles crues que l’Elfe argentée avait prononcé quelques minutes auparavant.

Elënna fit comme si elle n’avait pas remarqué le sourire du Drow et ouvrit d’une main la poche qui se trouvait sur le devant du sac. Elle en sortit une flasque argentée, une minuscule dague aussi en argent, un petit bol en quartz blanc, des tissus propres et deux pierres grises et polies.

Elle avait déposé la flasque dans la neige et du coin de l’œil, aperçu une main qui se dirigeait vers le récipient. Elle dit :

«Une goutte de cet alcool pur peut te rendre saoul. Une dizaine de gouttes, complètement aveugle et deux gorgées te tuerait… Je n’y toucherai pas à ta place.»

Faisant comme si elle n’avait parlé que de la pluie et du beau temps, elle retourna à sa tâche.
Sa voix s’éleva doucement, claire comme du cristal. Les paroles était en ancien langage, celui des Premiers Elfes, elle savait donc que personne ne lui en tiendrait rigueur de chanter une mélodie parlant d'une elfe qui avait illuminé les étoiles au côté d'Ithil, bien peu approprié dans les circonstances, mais c'était la seule chanson qu'Elënna connaissait par cœur. Le chant l’aidait à se mettre dans cet état de concentration qui était requis pour ce genre de travail minutieux. .

Ses gestes devenues mécaniques à force de pratiques, étaient précis et rapides. Elle vida un peu de liquide clair de la flasque dans le bol en quartz. Une forte odeur d’alcool imprégna l’air et elle déchira un morceau de tissu qu’elle déposa dans le récipient. Elle frotta les pierres ensembles, en un seul coup sec, ce qui déclencha une forte étincelle qui mit le feu à la mèche de coton imbibé d’alcool. La flamme contenue par le bol en quartz était faible et petite, mais d’un bleu intense.

D’un mouvement ferme, elle utilisa une autre partie de tissu pour faire un garrot solide, juste sous le genou. Couper la circulation sanguine dans le membre était une priorité, pour éviter que l’infection se répande dans le reste de l’organisme.

La magicienne utilisa ensuite  une partie de l’eau qui avait un peu refroidie et qui lévitait toujours à ses côtés. À l’aide de sa magie sur l’élément aqueux, elle dirigea le filet d’eau en direction de la plaie et nettoya le sang séché et autres salissures qui maculaient la peau. Elle se débarrassa de l’eau souillée dans un geste vif.

Elle ouvrit à nouveau le flacon d’alcool et aspergea la plaie du liquide. Si elle avait pu avoir accès aux plantes médicinales contre les infections, l’effet aurait été bien efficace, mais elle devait faire avec ce qu’elle avait sous la main.

«Vas-tu finir par refermer cette plaie un jour, sorcière?»

Le ton était brutal et clairement impatient. Elënna cessa de chanter pour simplement répondre :

«Si on referme la plaie, sans la traiter, cela revient au même que de ne rien faire… »  

Elle sortit le couteau en argent de sa gaine du même métal et passa la lame dans la flamme bleutée. Il vira rapidement au rouge, avant de devenir incandescent. La jeune elfe le sortit des flammes et attendit une dizaine de seconde qu’il redevienne argenté. Elle pointa sa lame vers la peau endommagée et dit :

«Ça va être douloureux.»

Nym lui répondit promptement :

«Je ne ressent pas la douleur.»

L’elfe de Lune se retient de rire et répliqua :

«Tous les mortels ressentent la douleur. Certains sont plus à même de le cacher que d’autres, tout simplement.»

Elle fit une incision rapide et précise au niveau de la plaie et un flot de sang noir en jaillit. Ce qui lui restait de l’eau purifiée lui servit à recueillir le sang infecté, avant de s’en débarrasser.

Elle avait désengorgé le membre infecté. Elle aspergea une nouvelle fois d’alcool pur la blessure pour s’assurer que sa guérison serait optimale. Elle nettoya la lame argenté en l’a repassant dans les flammes. Les souillures disparurent, presque par enchantement et la dague redevient brillante, comme si elle venait tout juste d’être forgée.

Elënna en avait terminé avec le côté pratique, elle devait maintenant utiliser la magie. Elle inspira profondément et bougea ses mains à quelques centimètres au-dessus de la coupure, propre, mais si profonde qu’on pouvait y voir la forme du muscle. Elle commença par s’assurer que toute trace d’infection avait disparu et prononça la première formule, dans la langue des Premiers Elfes, canalisateur plus puissant que les mots communs :

«Poika tuulo' 'kshapsae.» (remède/ cure)

La plaie brilla d’une légère lumière argenté avant de redevenir normale. La magicienne savait désormais qu’il n’y aurait plus aucune chance d’y voir se développer une infection. Les veines, du mollet auparavant noirs avaient disparus. Les bords enflammés et rouges de la blessure avaient maintenant repris leur couleur grise, propre à la pigmentation du Drow.

La voix d’Elënna s’éleva à nouveau et amorça l’étape la plus complexe : guérir les tissus endommagés en s’assurant que tout soit à sa place.

«Tanka harwar.» (Guérit)

Ses mains tremblaient sous l’effort, pendant qu’on pouvait voir les fibres du muscles se ressoudé. Chaque couche du membre se referma, jusqu’à ce que la peau se referme, ne laissant qu’une fine ligne rougeâtre qui allait disparaitre avec le temps ou laisser une cicatrice si Nym était malchanceux.

«J’ai terminé.»

En temps normal, la magicienne aurait effectué un travail plus net qui n’aurait laissé aucune trace visible, mais elle n’avait pas récupéré de son utilisation magique durant l’après-midi. Elle éteignit la flamme en l’aspergeant de neige. Elle remit le bol, la dague et la flasque dans le sac.

Ignorant les Drows qui s’étaient remis à s’agiter autour d’elle, toujours à genoux, elle se retourna en direction de l’astre lunaire. Elle posa une main sur la marque argentée de sa poitrine :

«Merci de m’avoir guidé.»

Au moment où la Lune disparut derrière les nuages, comme par magie, la vision d’Elënna se troubla. Elle résista à la noirceur qui l’appelait et se remit difficilement debout, visiblement épuisée par la dette physique qu’elle devait payer pour avoir utilisé autant de magie

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Rána E'Lira
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MessageSujet: Re: [terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]   Dim 10 Juil - 20:32

«Il me l’a demandé lorsque vous vous êtes éloignés… Et non, je n’ai pas envie de socialiser avec des ravisseurs…»

Rána leva les yeux au ciel. Si elle commençait à répondre à Daelein, ils n’étaient pas sortis de la forêt !, pensa le Drow.

«I'quelin Mori'Quessier naa ba Mori'Quessir.»

Le commandant des Maraudeurs n'aurait su dire ce qu’elle baragouinait comme ça, mais cela n’avait pas l’air très gentil. Il songea qu'il allait falloir lui apprendre la politesse à cette demoiselle. Cela risquait de dégénérer assez vite avec les éléments de son équipe. Par conséquent, l'Elfe noir l’entraîna vers l’avant, histoire d'éviter qu’elle ne devienne subitement trop bavarde. D’ailleurs, il se demandait pourquoi elle n’avait rien révélé au sujet de la vouivre, alors qu’elle en avait eu l’occasion. L’Elfe de la lune avait préféré aller dans le sens du Drow, ce qui ne lui disait rien qui vaille. Méfiant, lui ? Oh que oui !

Mais voilà que cette "petite pie bruyante", comme il se plaisait à l'appeler, s’était mise en tête de jouer les chevaliers héroïques auprès de Nym. Ce dernier semblait ne pas apprécier que l’on se porte ainsi à son secours. Un dialogue s’engagea entre les deux et c’était à qui ferait plier l’autre. Rána esquissa un très mince sourire en constatant que la magicienne était plus têtue qu'il ne l’avait imaginé jusqu’ici. Quelque chose lui disait qu’elle allait vraiment poser problème. "J’aurais dû m’en débarrasser dans les marais quand j’en avais l’occasion", se dit le Drow. "Ma bonté me perdra…"

« Par les couilles de Shar, elle a pas froid aux yeux, la darthiir », lança Daelein, qui se sentait obligé de toujours tout commenter… de façon très personnelle.

« Laisse les couilles de Shar là où elles sont, s’il te plait. De toute façon, là où il est, il n’en a plus besoin. Daelein, tu pars en éclaireur. Vérifie que les souterrains sont sûrs. »

L’autre eut aussitôt un air que Rána lui connaissait bien ; celui qui allait forcément le contredire dans les secondes à venir !

« Oh non, commandant ! Pourquoi c’est toujours moi qui doit partir en éclaireur ? »

Pour toute réponse, Rána le foudroya du regard, lui faisant comprendre par simple contact visuel qu’il valait mieux pour lui qu’il se taise et aille jouer aux osselets avec les trolls. Non sans un dernier soupir, Daelein s’éclipsa, sous le regard semi-satisfait de son commandant. Un souci en moins à régler.

« Le passage de la montagne se trouve devant nous », lança Wode, toujours aussi concis.

Rána observa les Monts d’Obsidienne, le regard alerte, tandis que s’élevait le chant de la magicienne. Il ne comprenait pas ce qu’elle disait, mais le Drow trouva le chant plutôt agréable à entendre. Il sourit, ravi. « Elle chante en plus », se dit-il. Un argument de plus pour la vente !

Il espérait qu’aucun ennui ne leur tomberait dessus pour rejoindre Ul-Ilindith. Il lui tardait d’enterrer toute cette histoire.

«J’ai terminé.»

Le Drow s’était approché de l’Elfe argentée et de Nym. Il inspecta de loin le travail effectué par la jeteuse de sort et il devait bien admettre –même si cela lui coûtait- qu’il était saisi devant la plaie refermée de son compagnon d’armes. Nym lui-même semblait en avoir perdu ses mots.

«Merci de m’avoir guidé.»

« ça pour t’avoir guidé, elle t’a bien guidé jusqu’ici », ne put s’empêcher de rajouter le commandant des Maraudeurs avec une pointe de sarcasme.

Il attendit que Nym se redresse pour lever le camp. Ce dernier semblait choqué, mais Rána ne sut déterminé s’il s’agissait du sortilège ou tout simplement de l’attitude de la jeteuse de sorts elle-même qui l’avait guéri alors qu’elle n’avait pas hésité à le blesser plus tôt.

« Allez, petite pie bruyante, le passage n’est plus très loin », dit-il en la forçant à se relever, bien qu’elle semble au bord de l’épuisement.

Le Drow la fit avancer, mais cette fois-ci, il ralentit le pas, l’empoignant d'une manière nettement moins ferme que précédemment.

Ils longèrent encore un peu le sentier jusqu’à parvenir à l’entrée d’une faille dans la montagne. Plus ils se rapprochaient, plus elle évoquait à Rána la gueule béante d’une bête. Il trouvait que la comparaison seyait à merveille à ce qui se trouvait de l’autre côté, dans les profondeurs.

Le Drow dit silencieusement au revoir au monde de la surface pour plonger dans l’obscurité, tenant toujours son butin par le bras. Bientôt, leurs pas se mirent à résonner dans l’enfer noir de la montagne. La température chuta de plusieurs degrés, tandis que la vision des Elfes noirs s’ajustait au royaume  des ombres. Ce ne devait pas être le cas de l’Elfe de la lune, aussi Rána lui servit-il de guide à travers les ténèbres.

Daelein n’avait pas encore reparu. Il s’était sans doute avancé plus loin, au cas où des gobelins surgiraient. Enfin, le pire n’était pas ces « petits fouteurs de merde », comme les appelait Rána. Des créatures bien plus dangereuses encore rêvaient de s’approprier les lieux. Notamment les Orcs, qui n’avaient pas digéré qu’Ashran Do’Ygmar fasse voler la tête de leur chef, Shar.

Rána se tourna vers Elënna.

« Pourquoi ? » demanda t-il. « Pourquoi avoir guéri la blessure de celui qui t’a capturé ? S’il était mort de ses blessures, tu aurais eu ta vengeance. »

Il fit une pause, longeant le couloir rocheux, ses sens en alerte malgré la discussion qu’il tentait d’amorcer. L’ombre de Wode se dessinait devant eux, sa silhouette féline se mouvant sans aucun bruit. Derrière eux, Rhaegnar fermait la marche, sans mot dire. Seul son souffle rauque leur parvenait.

La curiosité reprit le dessus. Cette fois-ci, le commandant Drow se mit à chuchoter :

« Tu aurais pu me laisser aux prises avec la vouivre, dans les marais. Pourquoi m’avoir libérer des eaux ? Mon peuple a massacré le tien. Tu n’as pas envie de te venger ? »

Il la regarda droit dans les yeux même s’il se doutait qu’elle ne le voyait sans doute pas. C’était étrange de pouvoir scruter la moindre expression d’une personne qui ne s’en rendait probablement pas compte. Tout transparaissait plus clairement. C’était un avantage certain.

Au loin, des halos bleutés et violets décoraient les parois rocheuses. Les cristaux colorés, nombreux sous la montagne, indiquaient la route à suivre. Il fallait encore descendre plus bas pour atteindre la mystérieuse Ul-Ilindith, cité de tous les dangers.

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[terminé] Au coeur des ténèbres [ Pv Rána E'Lira ]
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