Le Sang des Elfes

Le fragile équilibre des terres d’Asha est menacé. Incarnerez-vous l'un des fiers Elfes Sylvains, un impitoyable Drow ou encore un énigmatique Elfe de la Lune ?
 
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 Rána Daevon E'Lira, dit le Vagabond

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Rána Daevon E'Lira
Le Vagabond
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MessageSujet: Rána Daevon E'Lira, dit le Vagabond   Jeu 24 Sep - 21:13

Toute confiance est une folie


Rána Daevon E’Lira
♦ Nom : Daevon E’Lira

♦ Prénom : Rána, dit le Vagabond

♦ Âge : Environ 170 ans

♦ Race : Drow

♦ Faction : Maraudeur

♦ Métier : Commandant des Maraudeurs

♦ Compétences : -Maître du combat : aptitudes en combat rapproché et à mains nues.
-Spécialiste d’une arme : dagues crantées. Il en possède deux.
-Ombre : la nuit vous dissimule aux yeux de vos ennemis, vous rendant presque invisible.  



PHYSIQUE


Dans un premier temps, je n’ai distingué que l’obscurité au cœur de la nuit noire. Rien d’autre. La fissure dans la roche montagneuse ressemblait à une gueule noire et béante donnant sur le vide. Mais peu à peu, j’ai perçu du mouvement. C’était infime. Une ombre se déplaçant parmi d’autres ombres. Assez pour que je reste sur mes gardes, mes sens aux aguets.

Puis il est sorti de sa cachette, tel un fauve traquant sa proie parmi les hautes herbes. Non, ce n’était pas un fauve. Plutôt un loup solitaire et féroce. Sa peau était grise comme une pierre sèche, mais ses yeux brillaient à la lueur de la lune. On aurait dit deux améthystes luisant dans le noir, incrustées sur un visage de marbre aux traits secs et au profil anguleux. Un pli narquois tordait ses lèvres fines.

Une masse de cheveux grisonnants tombaient sur ses épaules robustes et il ne m’en fallut pas plus pour savoir face à qui je me trouvais. Un Drow. L’un de nos ennemis héréditaires avait quitté les profondeurs pour souiller nos terres.

Dans un premier temps, il ne m’avait guère paru si différent de nous. Elancé, avec une musculature nerveuse, il se déplaçait avec la même agilité que les nôtres. Mais toute la cruauté et la fourberie de ce peuple ne tarda pas à m’apparaître lorsque nos regards se croisèrent. Le temps se suspendit tout d’un coup. Il me dévisagea, me reconnut comme son ennemi et je vis la mort dans ses yeux.

Alors il se mit à se mouvoir avec la rapidité et l’absence d’hésitation que seul un assassin Elfe Noir peut posséder. Dans ses mains pendaient deux dagues crantées dont la lame en acier me semblait d’excellente qualité. Néanmoins, je n’avais pas envie de les voir de plus près.

Je m’élançais dans la Forêt, l’ennemi sur mes talons. Je me savais plus apte à progresser parmi les arbres que lui, mais la nuit jouait en sa faveur. J’entendais les pans de ses vêtements sombres claquer derrière lui, ainsi que le tintement discret des bijoux qui ornaient son cou et ses oreilles de façon ostentatoire, comme une provocation. Malgré cet attirail, il parvenait aisément à se camoufler dans les ombres, ne faisant plus qu’un avec celle-ci.

Je devais l’admettre à ma plus grande honte : je l’avais perdu de vue.

Ce jeu nocturne de chat et de la souris se poursuivit un long moment. Je l’entendais derrière moi ou pire : juste à mes côtés. Puis il disparaissait aussitôt de mon champ de vision, dès le moment où je croyais l’avoir aperçu.

Parfois, il me semblait entrevoir l’éclat malicieux et à la fois violent de son regard. Il prenait plaisir à cette chasse, visiblement. J’étais prêt à le combattre, mais pas sans une longueur d’avance. A sa façon de se mouvoir, j’avais bien compris qu’il était habitué au combat avec ses dagues, mais également à la lutte à mains nues. Il bougeait sans cesse, m’empêchant de discerner ses mouvements. J’avais presque l’impression de le voir exécuter une danse mortelle.
Cela dura ainsi une bonne partie de la nuit. Je tentais de prendre de la hauteur afin d’utiliser mon arc, mais l’autre me talonnait. Je crus un moment être poursuivi par Morë en personne, tant il respirait la fourberie.

Lorsqu’il apparut devant moi, jaillissant des ombres, je crus ma fin proche. Pendant une fraction de seconde, il me sembla le voir sourire. A ma grande surprise, c’est sans froideur que son visage prit une expression amusée.

« Le jeu touche à sa fin, lança t-il. Tu as eu de la chance, petit Elfe. »

Puis il disparut, alors que je levais les yeux vers le ciel. Le soleil commençait à poindre et je compris que je ne devais mon salut qu’à lui seul.

Rapport de Fëandir, Eclaireur.
 




CARACTERE


Rána aurait pu être un Drow singulier en cultivant la bonté. Il faut dire que cette notion est du même ordre que la créature mythique dans la société des Elfes Noirs. Le mot ne doit même pas exister dans leur langue. Sauf que Rána, ce n’est pas Jemme Do’Ygmar. Le Maraudeur et la princesse présentent quelques similitudes, mais cela s’arrête là. Rána est singulier, certes ; il n’est pas bon pour autant. Et vous vous en rendrez vite compte.

Le Vagabond est solitaire et ce n’est pas pour rien que ses petites excursions à la surface, il les fait seul et en douce. Non pas que le bougre soit asocial, mais disons qu’il est plutôt du genre indifférent. Il ressent un certain intérêt pour sa Maison, soit rien d’anormal puisqu’il s’agit de sa famille. D’ailleurs, le lien qu’il entretien avec cette dernière est plutôt du genre ténu. Il n’a jamais réellement été proche de son frère aîné dans son enfance ; il l’a admiré, mais aujourd’hui la rivalité grignote leur relation. Sa mère et lui n’ont cessé de creuser un fossé entre eux et depuis que Vairë est entrée chez les Prêtresses de Lloth, le frère et la sœur peinent à se comprendre.

Pour les Maraudeurs également, il manifeste de l’attention, sauf que cela peut dépendre de votre tête. Si celle-ci ne lui revient pas, ne cherchez pas, il ne fera aucun effort et prendra même un malin plaisir à vous la faire perdre. Au sens métaphorique bien entendu. Quoique…

Rána est irritant de nature, c’est inscrit dans ses gênes. Il n’en fait qu’à sa tête, à ses idées bien à lui et souvent bien tranchées et vous vous apercevrez vite qu’il n’entend que ce qui l’arrange. Ainsi, il transforme les non en oui, les oui en non et le blanc en noir. Inutile de polémiquer, il fera la sourde oreille à toute protestation dans le meilleur des cas et, dans le pire, il fera étalage de ses grossièretés. Car, oui, Rána est grossier. C’est un soldat et il n’a cure du raffinement et de la finesse.

Le Drow est honnête et c’est bien là ce qui fait sa singularité. Rána ne ment jamais. Son honnêteté frôle souvent l’insolence. Il arrive fréquemment que ses vérités blessent et il le sait. Il ne changera cependant rien pour autant, car il se raccroche à ce trait de caractère comme à une bouée. C’est ce qui fait qu’il est différent des autres Drows et il a besoin de se sentir à part.

Le Maraudeur est du genre taquin. Il aime embêter ceux qu’il apprécie et persécuter ceux qu’il déteste avec quelques piques bien senties et des remarques parfois corrosives. Mais généralement, il se montre espiègle et malicieux essentiellement avec les personnes qu’il juge dignes d’intérêt. C’est une sorte de marque d’affection, bien que ce ne soit pas forcément la plus agréable pour ceux qui la reçoivent.
Néanmoins, ceux qui font partie de ces personnes bénéficient d'une protection sans failles. Non pas qu'il irait jusqu'à mourir pour vous sauver ; il tient à sa vie, le bougre. Cela dit, il se peut qu'il prenne les coups à votre place ou qu'il tue pour vous tirer d'une situation complexe. Rána n'est pas du genre à hésiter dans les cas extrêmes. Il a été entraîné pour cela.

S’il faut bien concéder une grande qualité à Rána, c’est son courage. La peur, il connait, mais il ne recule pas devant pour autant. Il affronte le danger à tout instant, sans faillir devant ses troupes. Même lorsqu’il s’est retrouvé face à une araignée géante, dans les Entrailles de la montagne, il a décidé de se battre. Il a survécu au poison grâce à ses nerfs d’acier et c’est ce courage qui a sans doute faite taire les mauvaises langues quand on l’a nommé commandant des Maraudeurs.

Rána a cependant une particularité qu’il n’avouera jamais, même sous la torture. En vérité, il est obsédé par la surface. Pour faire simple : ça le rend complètement gaga ! Il voudrait vivre dans la Forêt d’Asha et il ne conçoit pas que les autres peuples Elfes en aient le droit. Il ressent une violente jalousie à leur égard et se plait à les tourmenter, eux pour qui le soleil n’est pas un ennemi.


HISTOIRE


« Ul-Ilindith avait toujours été sujet à controverse, tel un noyau pourri niché au sein du cœur Drow, déjà si sombre de nature. Si Har’oloth, cité emblématique des profondeurs de la montagne, reflétait la magnificence et l’ingéniosité des Elfes Noirs, alors Ul-Ilindith, ville plus modeste, révélait sans détour leur goût pour la fourberie. Entre les jeux d’argent, les combats dans l’arène et le marché aux esclaves, rien ne semblait impossible au fond de cette immense caverne, d’autant plus que les Sombregardes avaient renoncé à patrouiller régulièrement dans les ruelles. La situation ne s’était pas arrangée depuis que les Maraudeurs y avaient établi leur quartier général. Ils hantaient la cité troglodyte encore mieux que des spectres. Celui qui, après avoir erré pendant des heures dans le dédale des cavernes, croyaient pouvoir trouver le refuge de la situation ne rencontrait bien souvent que la mort… »

Extrait de l’Encyclopédie d’Outreterre d’Huriel Berendil


Les osselets tombèrent sur le plateau de jeu dans un cliquetis sinistre. La lumière des bougies vacilla faiblement dans l’obscurité de la pièce exigüe. Le silence plana un instant, simplement entrecoupé par les gouttes d’humidité qui s’écrasaient sur le sol en pierres polies. Des toiles d’araignée recouvraient les globes magiques, principale source de lumière, ainsi que les murs, tandis que la poussière s’amoncelait sur les ouvrages disposés en pagaille.  

Au centre de la pièce troglodyte, deux Elfes se tenaient face à face, séparés par la table sur laquelle reposait le jeu d’osselets.

Un sifflement strident s’échappa des lèvres de l’Elfe le plus jeune.

« Tss ! Vous avez encore gagné, sorcière que vous êtes ! », maugréa ce dernier à l’égard de son interlocutrice, nettement plus âgée.

Un ricanement effrayant se fit entendre de l’autre côté de la table. Les épaules de la vieille Elfe tressautèrent faiblement.

« Mauvais perdant, hein ? », dit-elle d’une voix rauque et presque chaude d’où perçait aisément la provocation.

Son interlocuteur préféra s’enfoncer dans le mutisme plutôt que de répondre et l’aînée se leva, enveloppée dans ses multiples châles. Elle se dirigea d’un pas lent mais déterminé vers la théière en terre cuite qui reposait sur un petit meuble rond. Elle la déposa précautionneusement sur un plateau, son sourire malicieux élargissant toujours la surface de son visage ridé et disgracieux.
De ses mains tâtonnantes, elle chercha les tasses.

L’Elfe assis au centre de la pièce observait le manège de son hôte et il poussa un soupir d’exaspération, avant de se lever brusquement à son tour. Sans un mot, il saisit le plateau et l’emmena vers la table sur laquelle ils jouaient tous deux jusqu’ici. Son passage créa un léger courant d’air qui écarta les mèches blanches de la vieille Elfe.
Celle-ci sourit de nouveau puis revint s’asseoir, tandis que le plus jeune servait le breuvage contenu dans la théière. Une odeur de plantes –de celles qui poussaient uniquement dans les cavernes- s’éleva soudainement et la femme soupira d’aise, contrairement à son vis-à-vis qui haussa un sourcil en lui tendant une tasse.

« Vous disiez me révéler mon avenir, mais nous n’avons fait que jouer aux osselets », lança t-il d’un ton de reproches, tout en évitant soigneusement de rappeler qu’il s’était vanté de gagner. Il n’avait enchaîné que des défaites. « En vérité, vous ne savez faire aucune prédiction.»

Il lâcha un soupir désinvolte tout en se laissant soudainement tomber sur sa chaise. « Vous ne savez pas grand-chose, à mon humble avis. »

C’était plus une constatation qu’un reproche.

« Insolent ! Tonna la Drow. As-tu oublié la politesse échue au sexe fort, mâle ingrat ? »

L’autre baissa légèrement la tête en marmonnant. Non, il ne l’avait pas oublié. Toute son enfance, on lui avait rappelé durement que les femmes prenaient les décisions tandis que les mâles exécutaient les ordres, et si possible sans commentaires.

« Je ne l’ignore pas, répondit-il tout en sachant que cela aggraverait son cas. Mais encore faudrait-il que je vous considère comme une femme. Vous êtes juste une vieille. Une vieille qui ne sait pas grand chose », répéta t-il sur un ton narquois.

Il se leva souplement, près à quitter les lieux, mais la voix de la vieille Elfe se fit entendre, imposante et tranchante comme une lame affutée. Son ricanement fit frissonner le Drow, qui se demanda s’il n’était pas allé trop loin dans ses propos.

« Oh mais je sais tout à ton sujet, Rána de la Maison Daevon E’Lira, fils d’Opale l’Empoisonneuse. »

Le dénommé Rána se tourna, son visage frappé d’incrédulité. La vieille ricana tout en saisissant les osselets. Elle les fit rouler sur le plateau de jeu d’un geste bien plus assuré que ne le laissait supposer son âge avancé.

« Tout commence toujours dans une caverne, recouverte de toiles, dans l’antre d’une tisseuse particulière… L’histoire aurait pu être parfaite. Une Maison noble sans grande prétention qui un jour se distingue, après la chute d'un des clans les plus en vue, ça commençait plutôt bien pour les Daevon E’Lira, ne le crois-tu pas, mon jeune ami ? Vairë s’engouffre dans la voie ténébreuse des Prêtresses de Lloth, tandis que Bleidd intègre les Sombregardes, l’élite de l’armée Drow. Le destin souriait à Opale, la Matrone des E’Lira. »

Elle plaça alors un nouvel osselet sur le plateau, tandis que Rána plissait les yeux, intrigué malgré lui par cette sorcière à qui l’on avait cousu les paupières. Même ainsi, il avait le sentiment étrange qu’elle pouvait le voir. Il s’agita, mal à l’aise, malgré lui, tandis que l’osselet ajouté barrait la route des autres.

« Mais la perfection est si ennuyeuse qu’il fallait un grain de sable dans l’engrenage. Alors, tu es arrivé, toi. Déjà enfant, tu étais différent des autres Drows. Ta mère avait beau te laisser jouer avec ton frère, en sachant pertinemment en vous observant du haut des remparts de la cité que vous auriez peu de temps pour être des enfants, elle voyait déjà ta singularité. Demain ferait de vous des adultes. D’impitoyables adultes. Mais toi, tu n’avais rien d’impitoyable. Tu n’étais pas assez ambitieux, trop honnête et trop peu incisif. Bleidd avait déjà du charisme pour un gamin… et pour un mâle. Toi… c’était plus compliqué. Lorsque vos jeux prenaient fin, tu te retrouvais souvent le nez sur le sol, incapable de prendre l’avantage sur ton aîné, déjà bien entraîné au maniement des armes en bois. Tu mordais la poussière, dira t-on -mais pas trop fort car cela t’a toujours irrité. Tu boudais, mais tu ne lui en voulais pas à ton frère, non. Être l’ombre de Bleidd, cela te suffisait. Même ta sœur était infiniment plus ambitieuse. »

Devant l’affront, Rána se redressa de toute sa hauteur, tel un loup prêt à bondir.

« Tu parles trop, vieille Elfe, on te l’a déjà dit ? »

Pire encore que son regard absent, c’était maintenant ses paroles qui gênaient le plus jeune. Elle énonçait des vérités sur lui avec un tel détachement ! Oui, même enfant, il savait son destin incertain. Après tout, avec Bleidd et Vairë, le bel avenir de la Maison Daevon E’Lira était tout tracé. Pourquoi sa mère s’embêterait-elle à lui trouver un rôle, n’est-ce pas ? De plus, il n’était qu’un mâle de plus, là où la Matrone aurait attendu une nouvelle fille.

Mais déjà la voix de la sorcière reprit :

« Opale n’a pas cherché à t’inculquer sa si chère ambition et c’est bien là qu’a résidé sa fatale erreur. Pendant qu’elle concentrait tous ses projets sur tes aînés, tu vivais comme tu l’entendais, enfant ingérable qui faisait tant soupirer les habitants des quartiers nobles où tu vivais.

Elmera n’a pas oublié la fois où tu lui as coupé les cheveux, d’ailleurs. »


Elle émit un gloussement à cette évocation. Rána se contenta d’hausser les épaules, troublé que la vieille en sache autant. C’était vrai, Elméra le méprisait et il le lui avait toujours bien rendu. Cela dit, là il avait fait fort, il voulait bien le reconnaître. Un sourire carnassier étira ses lèvres, mais il s’effaça bien vite au souvenir de sa mère s’excusant officiellement auprès de la Haute Prêtresse de Lloth. La fureur de cette dernière était telle qu’il en avait fait des cauchemars pendant des mois.

« Qu’a-t-elle dit déjà ? », Demanda la sorcière.

Rána était convaincu qu’elle le savait aussi, mais il répondit tout de même sur un ton placide :

« « Lloth ne voudra pas d’un mâle aussi stupide ! » J'imagine que c’est bien la seule raison qui l’a empêché de me sacrifier à l’Araignée. », ajouta le jeune Elfe.

Ingérable. C’est ainsi que l’on le qualifiait.

« On ne savait pas si tu étais vraiment sournois ou juste un enfant perdu, avec tes grands yeux, inaptes au mensonge. Cela n’avait pas d’importance pour toi ; tu vivais librement, dans le confort de ta famille de la petite noblesse. »

« Tu radotes, vieille sorcière et mon enfance est aussi ennuyeuse que ton récit », maugréa de nouveau Rána tout en posant ses pieds sur la table. Il renversa au passage quelques osselets, mais un coup de bâton en bois lui fit vite perdre ses grands airs. Son aînée savait viser. Satisfaite, elle reprit son histoire d’une voix qui gagna en intensité :

« Et puis un beau jour, tout a basculé. Opale s’est mise à te voir comme un pion potentiel sur son grand échiquier. Elle a dû se rappeler à quel point l’échec lui faisait peur, la Matrone ! L’idée même de l’échec l’a toujours effrayée. Alors, elle s’est dit que tu pourrais réparer les possibles erreurs de son fabuleux plan. Mais tu étais devenu trop indépendant et tu refusais que l’on décide pour toi. Que tu ne te soucies de rien, car déjà elle avait pensé à tout ! Hélas, tu aurais voulu choisir ta route et non qu’on te l’impose. Or, n’était-ce pas là le devoir de Matrone de décider pour la Maison toute entière ? »

Rána sursauta. Ces mots, il les avait souvent répétés à voix haute, seul dans sa chambre, pour excuser sa mère, mais parfois ce n’était pas suffisant.

Pourtant, un jour, il avait cessé de jouer les enfants terribles.

Comme si la sorcière avait lu ses pensées, elle acquiesça lentement de la même façon qu’elle le ferait devant un enfant venant d’avouer une faute :

« Oui… Cela t’a pris comme ça, sur un coup de tête ! Tu es entré chez les Sombregardes. En vérité, si tu as intégré l’armée, c’était plus pour marcher sur les traces de Bleidd qu’en l’honneur d’Opale. Enfin, peu importait tes raisons, du moment que tu suivais les desseins de la Matrone, je présume.»

Rána reposa la tasse qu’il avait portée à ses lèvres. A l’évocation de son frère, il ressentit des émotions contradictoires. « Bleidd m’a entraîné durant une grande parti de ma vie. Cela me paraissait normal d'épauler mon frère en retour. »


La vieille ricana :

« Vraiment ? Tu as conservé ton admiration pour lui, comme c’est touchant ! Mais n’as-tu pas commencé à ressentir comme de la rivalité avec ton aîné ? »

« Tu me fatigues ! », soupira Rána.

En vérité, la vieille visait juste. Il avait toujours été indécis quant à ce qu’il éprouvait pour son frère. Il le voyait comme un héros inébranlable et en même temps…

« … Une part de toi qui n’a jamais osé regarder la réalité en face criait pourtant "je le déteste !", n’est-ce pas ? Après tout, Bleidd avait tout ce que tu n’avais pas. Et en même temps, il était encore plus enchainé que ta petite personne, esclave de la volonté de votre mère. Alors tu ne savais pas. L’aimer ou le détester, finalement, ça n’avait plus d’importance. »

Oui, Bleidd était un professeur dur et non plus l’enfant plus âgé avec qui il jouait, Rána ne le savait que trop bien. Quand ils étaient petits, ils s’amusaient avec le prince Ashran et sa sœur Jemme, mais désormais, Bleidd avait pris ses distances avec la famille royale et donc lui aussi. Il l’entraînait pour devenir un homme, sauf que Rána sentait bien qu’il ne fallait pas qu’il dépasse certaines limites. Il devait rester à son propre niveau, soit un bon cran en dessous de Bleidd. Et qu’il ne s’imagine pas un seul instant le dépasser !

A nouveau, les osselets roulèrent sur le plateau de jeu et toute la pièce sembla soudainement lugubre aux yeux de Rána.

« La jalousie, Rána. Cela fait bien de toi un Drow. Les années se sont écoulées. Tu as fini par faire bonne figure au sein des Sombregardes. On te trouvait étrange, parce qu’un peu trop honnête pour un Drow, mais tu passais plutôt bien. Tu as d’ailleurs réussi à intégrer les Maraudeurs, l’élite spécialisée dans l’espionnage et l’assassinat. Cela a eu le mérite de faire sourciller Opale.

Tu as arpenté les profondeurs de la Montagne et ses odeurs de souffre. Tu es passé devant les mines où les esclaves se tuaient à la tâche. Cela te mettait toujours mal à l’aise, mais comme d’habitude quand quelque chose te chiffonnait, tu préférais fermer les yeux. »


Là, elle touchait encore un point sensible. Rána ne put empêcher son mouvement de recul. Connaître sa vie était une chose, mais savoir comment il pensait –surtout ses pensées les plus secrètes- en était une autre.

Il n’y avait qu’en discutant avec la princesse Jemme Do’Ygmar qu’il était obligé de regarder la réalité des Drows. Après tout, Jemme était comme lui. Elle avait une mentalité différente des autres Elfes Noirs. Seulement là où la princesse avait vaincu les ombres entourant le cœur des Drows, lui avait échoué. Une certaine part de cruauté s’était emparée de lui.

« De toute façon, on ne t’avait pas engagé pour penser. Tu exécutais les ordres –souvent de ton frère- et tu allais déblayer le terrain quand des Gobelins pensaient pouvoir gratter un peu de votre territoire. »

« Quel portrait réducteur de ma personne », soupira le guerrier.  

« Moi je le trouve assez fidèle », plaida la sorcière sur un ton innocent.

Pendant un instant, Rána crut la voir pencher la tête comme le font les femmes coquettes et il lui sembla que l’Elfe était bien plus jeune qu’auparavant. Et incroyablement belle. Mais un battement de cils le ramena à la réalité et au visage grotesque de son interlocutrice. Un étrange sourire étira les lèvres de celle-ci et Rána ne put retenir une grimace, qu’il ne prit pas la peine de camoufler puisque la vieille ne le voyait pas derrière ses paupières closes. Du moins… il n’en était pas certain…  

« Et puis un jour, tu es retourné encore une fois dans les Entrailles. Sauf que ta mission d’espionnage ne s’est pas déroulée comme prévue. Tu es tombé nez-à-nez avec une araignée géante, l’emblème même de Lloth. Celle-ci t’a attaqué, alors tu t’es défendu, c’est bien naturel. Pourtant, tu savais qu'il était interdit de tuer des araignées, n'est-ce pas ? Tu as remporté ton combat, mais l’arachnide t’a laissé son empreinte sur le flanc. On en parle encore, tu sais ? Heureusement que la princesse Jemme Do'Ygmar est intervenue en ta faveur, soutenant que Lloth t'avait lancé un défi et que la Reine Araignée avait posé sur toi sa marque.

Tu as fait l’expérience du poison et pendant que tu délirais, en proie à la fièvre, tu t’es dit que ce ne serait pas si mal d’enduire de poison les armes des Maraudeurs. C’était ta première véritable idée depuis que tu étais entré dans l’armée. »


« Et quand j’y réfléchis bien, je n’en suis pas tellement fier… », murmura le Drow en se grattant la tête, l’air profondément dépité.

La vieille Elfe fit mine de ne pas l’avoir entendu.  

« Suite à ta victoire, Bleidd t’as confié le commandement des Maraudeurs. Et à nouveau le destin s’est mis en marche. Sauf qu’aux portes de la mort, tu avais décidé que ce serait ton destin et non celui esquissé par la Matrone. Cette dernière t’avait considéré comme un moyen d’enrayer d’éventuels imprévus, sans penser que l’imprévu, ce serait peut-être toi. Ainsi, tu n’as rien dit pendant un temps. Tu faisais semblant de coopérer, mais tu devenais plus incisif. Les Maraudeurs te suivaient et tu consolidais ton lien avec eux. »

« J’ai presque l’impression que vous me traitez de fourbe, à vous entendre… »

La vieille Drow se contenta de sourire tout en déblayant le plateau de jeu. Elle but une tasse, savoura cet instant avant de poursuivre l’histoire qu’elle avait commencé. Son histoire à lui. Et il savait pertinemment de quoi elle allait parler ensuite. Il se cala sur son siège et il se rendit vite compte qu’il ne s’était pas trompé :

« La saison des raids a alors commencé.

C’était la première fois que tu te rendais à la surface. Tu appréhendais un petit peu et, la veille du départ, tu ne parvenais pas à trouver le sommeil. Le monde « d’en haut », tu te l’es souvent imaginé, sauf que cela ne ressemblait en rien à tout ce que tu avais pu esquisser en pensée, n’est-ce pas ? »


Rána leva les yeux au plafond, machinalement. La première fois qu’il était sorti de la montagne, il s’était senti mal. Il avait ressenti une peur irrationnelle si intense que ses jambes s’étaient paralysées pendant de longues minutes. Le ciel. C’était donc ça ? Cette voûte immense et étoilée lui paraissait tellement plus grandiose que le plafond de pierre qui servait de ciel aux habitants des profondeurs !  

Et puis il avait fini par regarder autour de lui, voir à quoi ressembler Asha à la surface. Il est tombé amoureux au premier regard et chaque fois que l’occasion de retourner à la surface lui était accordée, il avait toujours ressenti le même frisson.

Parfois, il s’y rendait seul pour les missions d’espionnage, aussi l’a-t-on surnommé…

«  "le Vagabond", souffla la sorcière. Tel un voleur, tu ramenais de nombreux objets sous la Montagne et tu les observais pendant des heures entières, dévoré par la curiosité. Oui, tu as toujours été un Drow étrange. »

« N’exagérons rien… »

« Allons, ne te vexe pas. Seule la vérité fait mal de toute façon. Et puis, Opale a fini par voir clair dans ton petit jeu : tu ne serais jamais son pion. Tu n’en faisais qu’à ta tête. Et tu leur as démontré à tous que c’était bien vrai, le jour où tu as déclaré l’indépendance des Maraudeurs. Désormais, tu ne recevais plus d’ordres de Bleidd, car ta faction n’avait plus rien à voir avec l’armée. Seule la famille royale pouvait te donner des ordres et cela a bien amusé Ashran, lorsqu’il a vu la tête de Bleidd, déjà tenu en laisse par un serment.

Puis la Forêt est tombée malade et des profondeurs de la Montagne ont commencé à jaillir d’effroyables créatures. Chaque jour, elles gagnaient un peu plus de terrain pour finir par grignoter vos terres. Tu savais qu’on t’enverrait en première ligne. Alors tu as commencé à penser à un nouveau plan. Et si les souterrains n’étaient pas faits pour vous ? Mais n’est-ce pas plutôt ce que tu souhaiterais au plus profond de ton cœur ? Vivre à la surface, comme ces Elfes que tu jalouse ardemment car ils t’ont condamné à une vie d’obscurité, bien avant ta naissance ? »


Rána plissa les yeux, interdit. Ces pensées, jamais il ne les émettrait en public. Oui, il pensait réellement qu’il était peut-être temps pour son peuple de trouver un endroit à la surface d’Asha. Mais comment renier une civilisation à laquelle il demeurait attaché malgré tout ? Il n’avait rien connu d’autre en dehors des cavernes. Il les connaissait par cœur et le soleil de la surface agressait ses yeux.

Il se pencha vers son interlocutrice, osant pour la première fois la dévisager longuement.

« Qui êtes-vous, en fait ? »

« Moi ? Oh, je ne suis qu’une simple tisseuse, mon enfant… »

Une simple tisseuse…

Ainsi s’acheva ce long échange.

Le lendemain, Rána revint à la hutte de la sorcière. Mais lorsqu’il entra à l’intérieur, il n’y avait plus rien. Rien, hormis un peu plus de toiles d’araignées qui dévoraient presque la pièce. Un frisson fugace le saisit. Le Drow n’osa pas analyser la situation, pas plus que songer à d’éventuelles hypothèses...  




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